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Quand la déforestation fait perdre à des insectes leur capacité à voler

Plecoptera mouche de pierre
Crédits : Juan Francisco Moreno Gamez / iStock

Dans le sud de la Nouvelle-Zélande, les « mouches de pierre » perdent leurs ailes, et donc leur capacité à voler. Or, ce phénomène est très étonnant, car la déforestation a réussi à causer ce changement en seulement quelques centaines de générations.

Un phénomène nouveau dans les zones déboisées

Les activités humaines sont très souvent à l’origine d’une modification des paysages, ce qui peut évidemment impacter les écosystèmes. Tout aussi souvent, la biodiversité souffre de changements qui parfois, sont aussi rapides qu’irréversibles. Une équipe de chercheurs d’Université d’Otago (Nouvelle-Zélande) a décrit un exemple très parlant dans une étude publiée dans la revue Biology Letters le 11 août 2021.

Les scientifiques se sont intéressés à une espèce de plécoptères (Zelandoper fenestrata) que l’on surnomme « mouches de pierre » ou encore « perles ». Généralement, ces insectes ont des ailes quand ils vivent en zone forestière. Toutefois, il est aussi possible d’en trouver avec les ailes atrophiées, pour ceux vivant en haute altitude. En effet, les vents se chargent de leur transport au sein de ces zones.

Dans le sud de la Nouvelle-Zélande, les meneurs de l’étude ont découvert que les plécoptères étaient incapables de voler, dépourvus de leurs ailes. Il faut savoir que dans cette région, des arbustes et des prairies ont remplacé la forêt sur 40 % de la superficie. Or, les insectes ne se trouvent pas en haute altitude et devraient donc pouvoir voler. Néanmoins, les chercheurs ont noté que la présence des individus incapables de prendre leur envol concerne surtout les zones déboisées.

Plecoptera nouvelle zélande
Crédits : Otago University / Biology Letters

Un risque d’extinction en augmentation

Comment expliquer ce phénomène ? Les chercheurs se sont basés ce que la Science connaît des mécaniques évolutives chez les insectes. Dans ce cas précis, le fait de voler dans une zone déboisée représente un désavantage en raison de la présence d’un vent plus intense. Ainsi, il est question d’une sélection naturelle favorisant les individus sans ailes, qui défavorise donc ceux qui en possèdent.

Selon les chercheurs, ce qui arrive actuellement aux plécoptères n’est autre qu’un «nouvel exemple de changement évolutif rapide induit par l’être humain». Le changement en question est intervenu il y a environ 600 ans, lorsque la déforestation a débuté avec d’importants brûlages de forêts. Seulement 300 générations plus tard, les plécoptères ont commencé à perdre leurs ailes.

Ceci est à l’origine d’un effet néfaste : une réduction de leur capacité de dispersion augmentant le risque d’extinction. En effet, au fur et à mesure que la déforestation progresse, ces insectes ne pouvant plus voler auront de plus en plus de difficultés à étendre leur présence. Enfin, les auteurs de l’étude soulignent que leurs travaux sont la preuve de l’importance d’étudier les effets de la déforestation sur les insectes à court terme.