in

Pourquoi notre température corporelle est-elle en train de baisser ?

Crédits : Gadini/pixabay

La température normale du corps humain a diminué au cours des deux derniers siècles aux États-Unis. Une tendance qui coïncide avec un meilleur accès aux soins de santé, qui implique une réduction des infections. Mais peut-on réellement établir un lien ? Pour le savoir, des chercheurs ont examiné les températures de cultivateurs-cueilleurs boliviens.

La valeur de 37°C, dite “normale”, fut au départ établie par le médecin allemand Carl Reinhold August Wunderlich en 1851, après avoir étudié les cas de 25 000 personnes à Leipzig. En réalité, nous savons qu’il n’existe pas réellement de température corporelle “normale” unique. Celle-ci varie tout au long de la journée. Elle peut baisser le matin, et avec l’âge, ou augmenter l’après midi, lorsque nous sommes malades, ou encore pendant et après l’exercice. Elle varie également au cours du cycle menstruel, et selon les individus.

Toujours est-il que si cette température corporelle reste tout de même quasi constante, elle est aussi capable d’évoluer.

Le corps des Américains s’est refroidi

Dans une étude publiée il y a quelques mois dans eLife, des chercheurs de l’Université de Stanford ont exploré les tendances chez la population américaine sur plusieurs décennies. Ils ont constaté que la température corporelle des hommes nés dans les années 2000 était en moyenne inférieure de 0,59 °C comparée à celle de ceux nés au début des années 1800. Cela représentait une baisse constante de 0,03 °C par décennie. La baisse était similaire chez les femmes avec une baisse de 0,32 °C par décennie depuis les années 1890.

Les premières températures ayant été enregistrées dans les années 1850, les chercheurs s’étaient naturellement demandé si cette diminution pouvait refléter des améliorations dans la technologie des thermomètres. «Au 19e siècle, la thermométrie ne faisait que commencer», rappelle en effet Julie Parsonnet, principale auteure de l’étude.

Pour le savoir, les chercheurs ont alors vérifié les tendances de la température corporelle dans chaque ensemble de données, partant de l’idée que dans chacun de ces groupes, les mesures avaient normalement été prises avec des thermomètres similaires. Néanmoins, là encore, ils ont constaté une diminution de la température au fil du temps.

Pour les chercheurs, le corps humain s’est donc bien refroidi chez les Américains depuis au moins 150 ans. La question est : pourquoi ?

Moins d’infections qu’avant

L’une des principales hypothèses souligne l’amélioration de l’hygiène, de l’assainissement et des traitements médicaux. Résultat : les Américains souffrent aujourd’hui de moins d’infections susceptibles de déclencher des températures corporelles plus élevées. Mais est-ce réellement la seule explication ? Pour tester cette idée, des chercheurs du département d’anthropologie de l’UC Santa Barbara (Californie) ont analysé les températures corporelles d’horticulteurs-cueilleurs Tsimanes, originaires de l’Amazonie bolivienne.

«Les Tsimanes vivent dans une région éloignée avec un accès limité aux équipements modernes. Et nous savons par expérience que les infections sont ici courantes – du rhume aux vers intestinaux en passant par la tuberculose», explique Michael Gurven, principal auteur de cette étude.

En analysant les rapports de cas de milliers de patients (environ 18000 observations sur près de 5500 adultes), enregistrés au cours de ces deux dernières décennies, les chercheurs ont alors constaté que les températures corporelles des Tsimanes, en 2002, étaient similaires à celles constatées en Allemagne et aux États-Unis il y a deux siècles, soit en moyenne 37°C. Cependant, sur une période relativement courte de seize ans, ils ont ensuite observé une baisse rapide de leur température moyenne (quasiment -0,018°C par an). Elle est aujourd’hui d’environ 36,5°C.

En d’autres termes, en moins de deux décennies, les chercheurs ont constaté chez les Tsimanes à peu près le même niveau de déclin que celui observé aux États-Unis sur environ deux siècles.

température
Crédits : PublicDomainPictures/pixabay

Une question qui reste encore ouverte

Alors, pourquoi la température corporelle a-t-elle diminué au fil du temps, tant pour les Américains que pour les Tsimanes ? Les chercheurs soulignent que ces derniers ont, au cours des années précédentes, également bénéficié de meilleurs soins de santé, ce qui a eu pour effet de réduire les risques d’infections. Pour Michael Gurven, l’incidence réduite de l’infection ne peut en revanche expliquer à elle seule les baisses de température corporelle observées.

«Une autre explication possible est que les corps n’ont plus besoin de travailler autant pour réguler la température interne du corps à cause des climatiseurs en été et des radiateurs en hiver, avance le chercheur. Les Tsimanes n’utilisent aucune de ces technologies pour réguler leur température corporelle, cependant, ils ont davantage accès aux vêtements et aux couvertures qu’auparavant».

Ce ne sont bien sûr que des suppositions. Comprendre pourquoi la température corporelle diminue avec le temps reste donc une question ouverte.