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Le plus haut glacier de l’Everest a perdu 2000 ans de glace en 25 ans

Glacier du Col Sud. Les flèches rouge et jaune indiquent le lieu de prélèvement de la carotte de glace et de la plus haute station météorologique au monde, respectivement. Crédits : Mariusz Potocki & coll. 2022.

Situé à 8020 mètres d’altitude, le glacier du Col Sud est le plus élevé du mont Everest. Cependant, malgré son élévation, les dernières recherches montrent qu’une épaisseur équivalente à plusieurs décennies d’accumulation est désormais perdue chaque année. Les résultats ont été publiés dans la revue NPJ Climate and Atmospheric Science ce 3 février.

Chronique d’une fin annoncée pour le plus haut glacier de l’Everest

Un air de plus en plus chaud et sec, propice à une sublimation accélérée de la neige, est à l’origine de cet important recul. En présence d’un manteau blanc moins généreux, la surface du glacier est alors plus exposée au rayonnement solaire, d’où une amplification de la perte de masse. Dans une nouvelle étude, des chercheurs de l’Université du Maine (États-Unis) notent que le glacier s’est aminci de 55 mètres au cours des vingt-cinq dernières années, soit l’équivalent de deux mille ans d’accumulation effacé en à peine un quart de siècle.

Selon les données des deux plus hautes stations météorologiques au monde et d’une carotte de glace prélevée sur la nappe glaciaire, l’empreinte du changement climatique est apparue vers les années 1950 et s’est véritablement démarquée au cours des années 1990. « Cela répond à l’une des grandes questions de savoir si les plus hauts glaciers de la planète sont touchés par le changement climatique d’origine humaine », note Paul Mayewski, coauteur du papier. « La réponse est un oui retentissant, et de manière très significative depuis la fin des années 1990 ».

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Anomalies de température entre 1950 et 2020 (axe horizontal) et en fonction de l’altitude (axes verticaux). La ligne en pointillés situe l’altitude du glacier du Col Sud. Crédits : Mariusz Potocki & coll. 2022.

Le retrait du manteau neigeux, un processus amplificateur

Dans leur étude, les scientifiques ont intégré l’ensemble de ces observations dans un modèle numérique afin de restituer la dynamique du glacier sur les dernières décennies. Les simulations montrent qu’en raison de l’important ensoleillement qui caractérise la région, l’amincissement du manteau neigeux peut accélérer jusqu’à vingt fois le taux de fonte et de sublimation. En effet, en mettant au jour la surface moins réfléchissante du glacier, l’albédo diminue et l’énergie disponible pour fondre ou évaporer l’eau augmente. Ainsi, au rythme actuel, les chercheurs s’attendent à une disparition complète du glacier d’ici quelques décennies.

« Les prévisions climatiques pour l’Himalaya suggèrent un réchauffement et une perte de masse glaciaire continus », souligne Mariusz Potocki, auteur principal de l’étude. « Même le sommet de l’Everest est affecté par le réchauffement anthropique ». Or, le retrait de ces glaces situées sur le toit du monde a des conséquences très concrètes. Parmi elles, citons les tensions grandissantes quant à l’approvisionnement en eau pour plus d’un milliard de personnes ou encore l’augmentation du risque d’avalanches et d’éboulements dans un domaine prisé par les touristes et les amateurs de sensations fortes.