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Le Paratéthys : comment a disparu le “plus grand lac” de l’histoire

Crédits : Université d'Utrecht

Il y a un peu moins de douze millions d’années, la mer Paratéthys couvrait une superficie supérieure à la Méditerranée actuelle. Souvent désignée comme le plus grand lac de l’histoire de la Terre, une nouvelle étude s’est penchée sur les raisons de sa disparition.

La Paratéthys est une ancienne mer formée à l’époque oligocène lorsqu’une partie des eaux de l’ancien océan Téthys se sont retrouvées isolées suite au soulèvement des Alpes, des Carpates, des Dinarides, du Taurus et de l’Elbourz, au nord de l’Iran.

Dans sa plus grande étendue, la masse d’eau s’étendait des Alpes orientales jusqu’à l’actuel Kazakhstan, couvrant plus de 2,8 millions de kilomètres carrés et contenant plus de 1,77 million de kilomètres cubes d’eau. À titre de comparaison, c’est plus de dix fois le volume d’eau contenu dans tous les lacs d’eau douce et d’eau salée d’aujourd’hui combinés.

Dans le cadre de récents travaux, le paléoocéanographe Dan Palcu et son équipe, de l’Université de São Paulo (Brésil), ont rassemblé des indices à partir d’archives géologiques et fossiles pour déterminer les changements environnants ayant contribué à sa disparition.

Ces travaux, publiés dans la revue Scientific Reports, soulignent quatre évolutions climatiques ayant fait rétrécir considérablement le lac au cours de sa durée de vie de cinq millions d’années.

Essuyé il y a entre 7,65 millions et 7,9 millions d’années, le plus grand épisode de contraction aurait entraîné une baisse du niveau de l’eau d’environ 250 mètres. Au cours de cet épisode, le Paratéthys aurait alors perdu jusqu’à un tiers de son eau et plus des deux tiers de sa superficie. En conséquence, les niveaux de salinité auraient ensuite considérablement augmenté dans le bassin central (contours de la mer Noire d’aujourd’hui).

Disparitions et naissances

À l’époque, le Paratéthys était le foyer d’une grande variété d’espaces marines uniques. La plupart des cétacés et autres phoques évoluant dans ces eaux étaient des “versions miniatures” de celles retrouvées aujourd’hui en haute mer, adaptées pour vivre dans cet environnement restreint. Cetotherium riabinini, par exemple, était une baleine mesurant seulement trois mètres de long. C’est la plus petite baleine jamais trouvée dans les archives fossiles.

Paratéthys baleine
Cetotherium riabinini (représenté à l’échelle humaine), la plus petite baleine connue dans les archives fossiles. Crédits : Pavel Goldin & Lena godlevska

D’après les chercheurs, ces changements n’ont naturellement pas été sans conséquence pour cette vie marine. Beaucoup d’espèces n’ont en effet pas survécu, tout comme de nombreuses espèces d’algues unicellulaires et d’autres petits organismes flottant librement. Toutefois, et puisque tel est le cycle de la vie, ces disparitions ont ensuite favorisé l’émergence de nouvelles espèces évoluant sur les rivages nouvellement exposés, transformés en prairies fertiles.

Au nord de la Paratéthys, où les sédiments témoignent de changements climatiques répétés à long terme, les archives fossiles soulignent en effet la présence d’ancêtres des moutons et des chèvres modernes errant aux côtés d’antilopes primitives.

Même chose plus au sud, dans ce qui est maintenant l’ouest de l’Iran, avec l’apparition des ancêtres des girafes et des premiers éléphants. Quatre longues périodes sèches survenues il y a entre 6,25 millions et 8,75 millions d’années ont probablement poussé ces créatures à migrer vers le sud-ouest en Afrique, notent les chercheurs.

La Paratéthys s’est finalement “éteinte” il y a entre 6,7 et 6,9 millions d’années suite à la création d’un exutoire, cadeau de l’érosion, au bord sud-ouest du lac. Cet exutoire, qui est aujourd’hui probablement submergé sous la mer Égée, aurait en effet donné naissance à un court fleuve ayant finalement trouvé son chemin vers la Méditerranée.