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Chili : ils ont déserté la côte pendant 1000 ans à cause d’un mégatsunami

Crédits : Jonny_Joka/Pixabay

Il y a environ 3 800 ans, un tremblement de terre incroyablement puissant déclenché au large du Chili générait un mégatsunami dévastateur pour les habitants de la plaine côtière. Le traumatisme fut tel que pendant mille ans, ces derniers ont déplacé leurs habitations et autres lieux de sépulture vers des terrains plus élevés. La mer était pourtant leur principale source de nourriture.

Les tremblements de terre et les mégatsunamis sont des événements naturels particulièrement violents capables d’affecter les sociétés humaines. En tant que tels, ils sont révélateurs des capacités d’adaptation et de résilience de nos populations, notamment des communautés côtières. Des catastrophes sociales se sont produites et se reproduiront certainement dans les décennies à venir, mettant en péril des vies humaines, des infrastructures et des actifs socio-environnementaux. En conséquence, dans un monde où la population mondiale ne cesse de croître aux frontières tectoniques actives, il est essentiel de pouvoir évaluer ces risques.

Or, la marge tectonique le long du nord du Chili est un lieu privilégié pour étudier l’occurrence et les caractéristiques des tremblements de terre susceptibles de générer des mégatsunamis compte tenu de son fort potentiel pour ce type d’événements en raison de la subduction adjacente de la plaque de Nazca sous la plaque sud-américaine.

Cependant, jusqu’à présent, nous manquions d’éléments permettant d’évaluer les impacts sociaux de ces événements et des réponses humaines déclenchées en conséquence par le passé, d’où l’intérêt de ces nouveaux travaux.

Un mégatsunami il y a 3 800 ans

Dans une étude publiée dans la revue Science, une équipe dirigée par James Goff, de l’Université de Southampton, présente les premières preuves géoarchéologiques d’un tremblement de terre et d’un mégatsunami ayant frappé la côte nord du Chili il y a environ 3 800 ans. L’événement aurait provoqué des perturbations sociales notables parmi les anciens chasseurs-cueilleurs-pêcheurs du désert d’Atacama et déclenché des stratégies de résilience durables.

Ces preuves se présentent sous la forme de sédiments marins et de fossiles retrouvés bien au-dessus du niveau de la mer sur un millier de kilomètres. D’après les auteurs de ces travaux, la force du séisme responsable de ce mégatsunami aurait été de 9,5 sur l’échelle de Richter.

mégatsunami tsunami
Les débris du tsunami sont clairement visibles dans cette fouille archéologique sur la péninsule de Mejillones. Crédits : James Goff

Les côtes désertées pendant mille ans

Si l’ampleur de ce séisme a surpris les chercheurs, la réponse des locaux a été plus étonnante encore. Les terrains de l’Atacama sont quelques-uns des endroits les moins habitables pour les humains. Cependant, les eaux qui bordent la côte sont parmi les plus abondantes sur Terre grâce aux nutriments apportés par le courant de Humboldt. Depuis au moins 12 000 ans, l’homme y survit donc grâce à cette alimentation riche en aliments marins.

Cependant, à cette époque, le comportement des habitants a évolué pendant mille ans. Les structures en pierre et autres cimetières ont en effet disparu de la côte pour se retrouver à quarante kilomètres à l’intérieur des terres. Dans le même temps, le régime alimentaire était toujours le même. Autrement dit, en raison du traumatisme généré par cet ancien mégatsunami, les locaux des préféraient visiblement faire de longues marches pour accéder aux richesses de la mer avant de retourner à l’intérieur des terres pour « éviter sa colère ».

Toujours d’après ces recherches archéologiques, il aurait fallu plus de mille ans avant que les gens ne reviennent vivre sur la côte.