in ,

Le plomb a-t-il joué un rôle dans la chute de l’Empire Romain ?

Crédits : Jean-Pierre Dalbéra / Flickr

Très simple d’utilisation et bon marché, le plomb était massivement utilisé durant l’Empire Romain. Or, cette utilisation concernait de très nombreux domaines, dont la cuisine. Ainsi, ce métal a peut-être joué un rôle dans le déclin de l’empire, car nous savons aujourd’hui que celui-ci est toxique pour les humains.

Le plomb apprécié en cuisine !

Le plomb est l’élément chimique de numéro atomique 82 (Pb). Il s’agit d’un métal malléable bon marché et très résistant à la corrosion. Néanmoins, celui-ci est toxique pour l’homme, même à faible dose. Aujourd’hui, son usage pratique est très limité, mais cela n’a pas toujours été le cas. En effet, les risques concernant la santé ont été découvert très tard dans l’histoire humaine. Ainsi, le plomb a longtemps intégré les travaux du bâtiment (plomberie, peinture) ainsi que la fabrication de munitions, entre autres.

Le 23 juin 2021, la chaîne YouTube Reactions a publié une vidéo (voir en fin d’article) expliquant que l’usage du plomb remonte très loin, notamment jusqu’à l’époque de l’Empire Romain (27 avant J-C-476 après J-C). Et il s’avère que les romains appréciaient tellement ce métal qu’ils l’intégraient même en cuisine.

La vidéo cite De re coquinaria (L’Art culinaire), un livre de cuisine romain contenant une centaine de recettes citant le plomb – sur un total de 450. À l’époque, sucrer une préparation impliquait souvent de concentrer du jus de raison afin d’en faire du sirop. Or, les cuisiniers avaient remarqué que le goût était encore meilleur en utilisant une marmite en plomb pour la préparation.

livre recettes empire romain
Crédits : Marco Gavio Apicio / Wikipedia

Difficile d’avoir des certitudes

Selon les historiens, la chute de l’Empire Romain a plusieurs causes : les invasions barbares, la corruption ainsi que les problèmes de budget. Il est donc peu évident d’évaluer le potentiel impact du saturnisme – intoxication aiguë ou chronique par le plomb – sur ce déclin. Néanmoins, les conséquences du saturnisme sur les humains sont aujourd’hui bien connus : infertilité, hypertension, goutte, problème digestifs ou cardiaques. Surtout, le plomb est un facteur de handicap mental – même à faible dose – en cas de contamination de l’embryon (ou du fœtus). Il affecte aussi les capacités d’apprentissage de l’enfant et cause donc des retards intellectuels (et physiques).

En 2019, des chercheurs de l’Université du Wisconsin à Madison (États-Unis) ont publié une étude sur le sujet. Les scientifiques ont comparé des squelettes anglais avant et après la conquête romaine. Selon les résultats, les os de l’âge de fer contenaient seulement 0,3 à 2,9 μg de plomb par gramme contre 8 à 123 μg par gramme pour les os de l’âge romain. Les meneurs de l’étude ont estimé que ces valeurs sont suffisantes pour générer des problèmes de santé très graves et, éventuellement, une extinction de la civilisation.

Certaines interrogations demeurent, si bien qu’il est quasiment impossible d’obtenir des certitudes sur le rôle qu’aurait joué le plomb dans la chute de l’Empire Romain. Les romains consommaient-ils suffisamment de plomb pour que le saturnisme sévisse partout dans l’Empire ? Une chose est néanmoins certaine : ils dépassaient très largement les limites actuelles fixées par nos autorités sanitaires.