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Premières preuves indiquant une infection respiratoire chez un dinosaure

dinosaures
Crédits : Woodruff et al. (2022)/Illustration de Corbin Rainbolt

Une toux sèche, des éternuements, une forte fièvre et des maux de tête peuvent mettre n’importe qui sur le carreau, même un dinosaure. Récemment, des chercheurs ont en effet identifié la première preuve de maladie respiratoire chez un sauropode évoluant sur Terre il y a environ 150 millions d’années. Celle-ci aurait pu entraîner la mort de l’animal alors qu’il avait une vingtaine d’années.

Les premiers restes de ce dinosaure, un crâne et un cou partiel, avaient été découverts en 1990 près de Bozeman, dans le Montana (États-Unis). Ils avaient ensuite été transférés au Musée des Rocheuses, à proximité, avant de se faire oublier pendant plus d’une décennie. C’est Cary Woodruff, directeur de la paléontologie au Great Plains Dinosaur Museum à Malte, Montana, qui entamera les premières analyses au milieu des années 2000.

Très vite, il comprend que ces fossiles proviennent d’une espèce non décrite de la famille des diplodocidés. Ces derniers forment une famille éteinte de sauropodes de très grande taille ayant vécu au cours du Jurassique supérieur. Toutefois, ce n’était pas le plus intéressant. Sur certains ossements se dessinaient en effet quelques anomalies.

Une infection respiratoire

Comme ceux des oiseaux modernes, les systèmes respiratoires des sauropodes différaient de ceux des mammifères. Ces grands animaux développaient des réseaux de sacs aériens liés à leurs poumons fonctionnant comme un soufflet. Ces structures permettaient la circulation de l’oxygène pendant l’expiration et l’inspiration. Chez les sauropodes, le tissu respiratoire était relié aux vertèbres du cou autour de grands trous positionnés dans les côtés des os, appelés pleurocoels.

Ce tissu est généralement très lisse. Or, une étude publiée dans Scientific Reports révèle que trois des vertèbres de Dolly se sont révélées très irrégulières et rugueuses avec des saillies bosselées semblables à la tête d’un brocoli.

« Le fait que nous ayons ces structures étranges à cette jonction où le tuyau respiratoire se connecte aux vertèbres suggère que cela pourrait être lié à la respiration« , souligne Cary Woodruff. Une infection ayant causé une inflammation ou infection des sacs aériens aurait alors pu se propager dans l’os et produire les lésions qui ont été préservées dans les fossiles.

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La structure pulmonaire du sauropode, avec le passage hypothétique de la voie infectieuse. Crédits : Woodruff et coll. (2022) et Francisco Bruñén Alfar
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A : Carte schématique du cou du dinosaure : les structures pathologiques sont indiquées en rouge. B : Cervical 5 de Dolly : le rectangle rouge met en évidence la structure pathologique. C : Vue en gros plan avec un dessin interprétatif en D. Crédits : Woodruff et coll. (2022))

Probablement un champignon

Bactéries, virus, champignons, parasites… Les infections respiratoires peuvent être causées de multiples agents pathogènes. Pour tenter d’appréhender le coupable, les paléontologues ont comparé ces anomalies osseuses aux lésions d’affections respiratoires observées chez les oiseaux modernes (les sauropodes occupent une branche différente de l’arbre généalogique). Ils ont également pris en compte les troubles respiratoires affectant les reptiles modernes.

Au terme de leurs travaux, les chercheurs ont identifié une maladie respiratoire fongique affectant à la fois les reptiles et les oiseaux : l’aspergillose. Celle-ci est causée par Aspergillus, un champignon filamenteux de type moisissure. Les oiseaux modernes souffrant de cette maladie présentent bon nombre des mêmes symptômes causés par la grippe et la pneumonie chez les humains. Il est donc possible, mais pas certain que ce dinosaure ait pu souffrir d’un trouble similaire.

On ignore également si cette maladie pouvait être mortelle. Aujourd’hui, elle peut en tout cas l’être chez les oiseaux non traités. Il est possible que ce dinosaure, mort vers l’âge de quinze à vingt ans, ait par exemple été suffisamment affaibli pour être écarté du troupeau, ce qui a pu en faire une cible de choix pour les prédateurs.