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Le commerce illégal d’anguilles rapporterait plus que les armes et la drogue

Crédits : PxHere

Depuis quelques années, les populations d’anguilles sont en déclin, si bien que leur protection est désormais un important enjeu. Malheureusement, cette situation est à l’origine de la création d’un marché noir plus lucratif que le trafic d’armes, de drogue et d’humains.

Près d’un quart de la production vers l’Asie

Le trafic illégal d’anguilles en provenance d’Europe vers l’Asie génère trois milliards d’euros par an. En réalité, il est ici question des alevins (ou civelles) de l’anguille d’Europe. Comme l’explique France 24, la diminution des ressources d’anguille japonaise a obligé les aquaculteurs locaux à importer des espèces européennes, mais également américaines. Dans ces contrées, les prix ont grimpé en flèche si bien que les civelles sont dorénavant surnommées « or blanc ».

Ce commerce frauduleux est tout simplement énorme, selon organisation Sustainable Eel Group (SEG). En effet, pas moins de 23 % des civelles européennes, une espèce également protégée, sont exportées illégalement vers l’Asie, principalement vers la Chine. Cette organisation fonde ses estimations sur les données d’Europol et sur celles des scientifiques affirmant qu’environ 440 tonnes de civelles arrivent sur les côtes européennes chaque année. Or, une centaine aurait été exportée vers l’Asie rien qu’en 2018.

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Crédits : Bernard Dupont / Wikimedia Commons

Un profit énorme grâce aux anguilles

Le président de SEG Andrew Kerr affirme qu’un pécheur européen gagne 0,1 euro par civelle. Une fois en Chine, le prix atteint un euro pièce. Ensuite, l’anguille ayant grandi en aquaculture vaut dix euros. On constate donc une multiplication par cent du prix de départ en seulement une année. Or, ce ratio de profit serait plus important que celui d’autres trafics (humains, armes et drogue). Il faut également savoir que le déclin de l’anguille japonaise n’est pas un hasard. En effet, cette espèce ne se reproduit pas en captivité, contrairement à l’anguille européenne. Ainsi, seule la pêche permet d’approvisionner les étals et la pression sur cette « ressource » a donc poussé les exploitants à l’importation.

Ainsi, le trafic d’espèces extérieures à l’Asie est tout simplement gigantesque. De plus, la pandémie de Covid-19 a également eu des conséquences. En effet, les contrebandiers avaient le plus souvent recours au transport aérien de passagers par le biais de valises contenant des civelles. Désormais, les trafiquants privilégient le transport de fret si bien que les civelles se retrouvent au milieu d’autres marchandises.

En juin 2021, un réseau de contrebande de civelles a été démantelé en France grâce à une enquête débutée en 2017. Ce réseau avait exporté illégalement vers la Chine (et la Thaïlande) pas moins de 46 tonnes de civelles européennes pour une somme totale de 18,5 millions d’euros.