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Comment le tardigrade survit-il à la déshydratation ?

Crédits : dottedhippo/iStock

Le tardigrade est connu pour sa résistance aux conditions extrêmes, lui conférant le statut d’être vivant quasiment immortel. Ce minuscule animal détient en outre la capacité de survivre à la déshydratation durant des décennies, une particularité qui intrigue les chercheurs depuis longtemps. Désormais, grâce à une équipe scientifique japonaise, nous savons de quelle manière le corps de la créature « indestructible » réagit afin d’éviter toute dégradation du métabolisme en l’absence de liquide vital.

Le tardigrade, un animal « invincible »

Le tardigrade, surnommé l’oursin d’eau, est une véritable célébrité dans le domaine biologique. Mesurant entre 0,1 et 1 mm, il peut tout aussi bien supporter des températures allant de -150 °C à +150 °C, des pressions écrasantes ou encore un milieu privé d’oxygène. Il est également capable de survivre aux radiations solaires et se régénère rapidement face à de graves blessures. De surcroît, plusieurs spécimens ont réussi à ressusciter après plusieurs millénaires de congélation. Le tardigrade est donc ce qu’on appelle un extrêmophile.

tardigrade
Crédits : dottedhippo/iStock

C’est pourquoi la science s’intéresse de très près à ses aptitudes hors du commun. Qui plus est, cet animal (petit, mais incroyablement costaud) prouve qu’il peut exister des créatures multicellulaires arpentant un astre éloigné, dont l’environnement demeure hostile à toute autre forme de vie.

Une protéine protectrice

Des scientifiques de l’Université de Tokyo (Japon) ont publié leur étude le 6 septembre 2022. Elle s’intéresse de près à l’une des spécificités singulières de l’animal : la préservation de la déshydratation. Car oui, la liste des super-pouvoirs du tardigrade ne cesse de s’allonger, un processus protecteur supplémentaire venant compléter la panoplie.

Mais comment fait-il exactement pour survivre sans eau ? Les chercheurs nous livrent la réponse : grâce aux protéines cytoplasmiques abondantes thermosolubles (CAHS). Une fois la déshydratation en marche, ces dernières permettent de conserver en l’état les cellules en les enveloppant de fibres gélatineuses, empêchant ainsi la dégradation structurelle. À l’inverse, lorsque l’animal s’abreuve à nouveau, les filaments se rétractent, concédant la reprise de l’activité corporelle sans créer de stress métabolique.

De multiples usages à envisager

Cet animal extraordinairement robuste intrigue donc la curiosité des savants sous de nombreux aspects. Car étudier le tardigrade revient à dénicher des trésors scientifiques uniques, qui pourront peut-être participer à l’évolution de notre médecine.

Seulement, l’équipe japonaise rapporte qu’elle a déjà rencontré de grandes difficultés à repérer les enzymes de conservation cellulaire lors du dessèchement du corps. En effet, afin de pouvoir les observer, les chercheurs se sont servis d’un liquide coloré composé d’eau, perturbant ainsi le travail des protéines cytoplasmiques. De ce fait, les biologistes ont dû recourir à une solution alternative, à base de méthanol.

Tardigrade microscope
Un tardigrade grossi au microscope. Crédits : Videologia/iStock

Par ailleurs, ils ont pu extraire des CAHS sans que leur fonction principale n’en soit altérée. Une utilisation à l’échelle humaine paraît donc plausible de prime abord. Cependant, les tâches à accomplir pour obtenir de tels résultats restent encore longues et épineuses.

Certaines questions, en apparence absurdes si ramenées à l’échelle de l’Homme, peuvent se poser à propos du tardigrade. En exemple : grâce à leur formidable endurance et leur considérable résistance, les tardigrades pourront-ils assister à la mort de notre étoile d’ici cinq milliards d’années ? Si une interrogation du même ordre vous venait à l’esprit, n’hésitez pas à la partager en commentaire !