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Pour la première fois, des chercheurs ont modifié le groupe sanguin d’un rein

Crédits : Mohammed Haneefa Nizamudeen/iStock

C’est une exclusivité mondiale : deux chercheurs anglo-saxons, le professeur Mike Nicholson et la doctorante Serena MacMillan, ont réussi à transformer le groupe sanguin du rein d’un donneur en un autre. Qui plus est, le groupe sanguin final en question est celui de type O universel. À l’heure où les pathologies rénales sévères sont traitées soit par la dialyse, soit par la greffe naturellement compatible, cette découverte augmente l’espoir de recevoir rapidement un organe fonctionnel chez les malades.

Un pas de géant pour la recherche médicale

Le temps d’acquisition d’un rein viable en bonne santé demeure une sérieuse contrainte aléatoire. Un tiers des patients connaissent une transplantation lors de la première année, un second tiers dans les trois années suivant la demande. Pour le reste, l’attente peut se prolonger bien au-delà et sembler s’éterniser si bien qu’au bout du compte, les dialyses se succèdent tout en amenuisant l’optimisme d’obtenir un nouvel organe en état de fonctionnement. De plus, ces traitements invasifs d’épuration du sang permettent certes de vivre plus longtemps et d’atténuer les risques pathologiques, mais ils ne constituent en rien un remède concret.

dialyse patient
Dialyse d’un patient. Crédits : Trish233/iStock

Et voilà que dernièrement, des scientifiques de l’Université de Cambridge ont réussi à changer le groupe sanguin de trois reins décédés en type O universel. Il s’agit d’un véritable exploit. N’importe quel malade souffrant d’insuffisance rénale pourrait donc bénéficier de ces reins « modifiés » sans complications médicales. En temps normal, un organe se montre uniquement compatible au sein d’un nouvel hôte dont les antigènes et marqueurs spécifiques sont semblables ou si le receveur possède le groupe AB+ (dit alors « receveur universel »). Autrement, le métabolisme se défend contre les marqueurs dont il n’a pas hérité en créant des anticorps : c’est le phénomène de rejet.

Avec cette percée médicale majeure, les transplantations s’affranchiraient totalement de ce mécanisme corporel d’autodéfense. Cette découverte sans précédent a été annoncée sur le site de l’Université de Cambridge et les travaux intégraux devraient bientôt paraître dans le British Journal of Surgery.

Une enzyme qui détruit les marqueurs sanguins

« Notre confiance a vraiment été renforcée après avoir appliqué l’enzyme sur un morceau de tissu rénal humain et constaté très rapidement que les antigènes étaient éliminés », a communiqué Serena MacMillan.

chercheurs laboratoire
Crédits : gorodenkoff/iStock

Une fois cette étape franchie, les deux collaborateurs ont donc réitéré le processus sur un rein de taille normale. Pour ce faire, les scientifiques se sont servis d’une machine de perfusion normothermique. Cette dernière a permis de faire circuler le sang contenant une certaine enzyme à travers un rein mort. Cela a eu pour effet d’agir comme des « ciseaux moléculaires » et de retirer chaque marqueur du groupe sanguin initial. Par conséquent, l’organe est devenu compatible en seulement quelques heures avec l’ensemble des autres groupes sanguins, étant donné que les donneurs universels (type O) ne possèdent aucun marqueur caractéristique.

Quelques obstacles de plus à franchir

Il reste désormais à confirmer cette avancée de manière clinique. Ainsi, les chercheurs anglais pourront constater en situation réelle le succès (ou non) d’une transplantation dont le rein aura été artificiellement transformé. Cependant, cette démarche est déjà partiellement vérifiable de façon simulée grâce à leur machine de perfusion monothermique, en imitant le passage du sang d’un malade greffé à travers l’organe rénal.

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Crédits : Surasak Suwanmake/iStock

Les sciences médicales évoluent à mesure que progressent les technologies et s’améliorent même si de nombreuses affections restent encore à éradiquer. Tout récemment, une équipe de chercheurs a ainsi pu relancer l’activité électrique de rétines humaines sur des corps décédés. Il s’agit d’un signe encourageant pour les patients dont les besoins s’attardent justement sur ces organes oculaires endommagés qui ne communiquent plus avec le cerveau. Et pour finir sur un sujet somme toute insolite, mais néanmoins sérieux, des scientifiques japonais ont réalisé l’intrigante expérience de l’oxygénation par voie anale.