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Cannabis : doit-on abandonner le stéréotype du « stoner paresseux » ?

Crédits : Ben_Frieden/Pixabay

Les consommateurs de cannabis sont souvent dépeints comme des paresseux bons à s’allonger sur le canapé en mangeant des chips. Or, des recherches de l’Université de Cambridge remettent en question ce stéréotype.

Le cannabis est la troisième substance contrôlée la plus couramment consommée dans le monde, après l’alcool et la nicotine. Nous savons qu’une consommation excessive de cannabis peut être liée à l’anhédonie (la perte de la capacité à ressentir le plaisir) et à l’apathie (l’incapacité d’être ému ou de réagir). Cependant, des études antérieures ont montré des résultats mitigés et peu ont examiné l’association entre la consommation de cannabis et des sous-processus de récompense spécifiques.

Dans le cadre de nouveaux travaux, des chercheurs de l’Université de Cambridge ont analysé cette association.

Pas de vraies différences

Cette étude, publiée dans l’International Journal of Neuropsychopharmacology, impliquait 274 adultes (26-29 ans) et adolescents (16-17 ans) ayant consommé du cannabis au moins une fois par semaine au cours des trois derniers mois (avec une moyenne de quatre fois par semaine) et un groupe de non-consommateurs appariés pour l’âge et le sexe.

Les participants ont rempli des questionnaires spécialement développés. L’anhédonie a été mesurée avec l’échelle de plaisir de Snaith-Hamilton et l’apathie a été mesurée avec l’échelle d’évaluation de l’apathie. La prise de décision basée sur l’effort pour la récompense a été mesurée avec la tâche d’effort physique, et le désir et le goût subjectifs des récompenses ont été mesurés avec la nouvelle tâche Real Reward Pleasure.

Les consommateurs de cannabis ont obtenu des scores légèrement inférieurs dans les mesures anhédonie comparés aux non-consommateurs qui semblaient mieux capables de s’amuser. En revanche, les chercheurs n’ont relevé aucune différence en ce qui concerne l’apathie ni dans les réponses cérébrales à la récompense chez les consommateurs de cannabis par rapport aux non-consommateurs.

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Crédits : NickyPe/Pixabay

Abandonner les stéréotypes

Compte tenu de ces résultats, les chercheurs pensent que nous devrions repenser le stéréotype du consommateur de cannabis paresseux avachi dans son canapé. Ce stéréotype a été largement représenté par des personnages fictifs. L’idée que la consommation soutenue de cannabis conduit à une léthargie globale est également souvent exploitée dans les campagnes publiques antidrogue.

« Nous sommes tellement habitués à voir des « lazy stoners » (« consommateurs paresseux ») sur nos écrans que nous ne nous arrêtons pas pour nous demander s’ils sont une représentation exacte« , explique Martine Skumlien, auteure principale de cette recherche. « Pourtant, notre travail suggère que les personnes qui consomment du cannabis ne sont pas plus susceptibles de manquer de motivation ou d’être plus paresseuses que les personnes qui n’en consomment pas« .

La chercheuse convient naturellement que le fait de fumer du cannabis peut être associé à d’autres inconvénients et effets néfastes sur la santé (comme amputer son pénis). En revanche, le stéréotype du stoner léthargique apparaît désormais stigmatisant et pourrait même rendre les messages sur la réduction des méfaits moins efficaces. « Nous devons être honnêtes et francs sur ce que sont et ne sont pas les conséquences néfastes de la consommation de drogue« , a-t-elle ajouté.

Notez que cette étude a impliqué moins de trois cents personnes et que les résultats sont basés uniquement sur des questionnaires autoremplis. Il serait donc intéressant d’évaluer cette corrélation avec d’autres méthodes et sur un plus grand échantillon.