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Allons-nous vers une pénurie d’eau à cause des voitures électriques ?

Crédits : Istock

À Taïwan, l’eau vient à manquer en raison d’une sécheresse importante. Or, la demande en semi-conducteurs explose alors que leur production est très gourmande en eau. Ainsi, la démocratisation des voitures électriques dans le monde n’est pas une bonne nouvelle pour les réserves en eau.

La question cruciale de l’eau

Paul Buchwitz est gérant de portefeuille et analyste actions durables pour la société DWS en Allemagne. Dans une tribune publiée le 22 mars 2021 dans AllNews, il revenait sur la situation problématique de Taïwan, gros fabricant mondial de semi-conducteurs. Il s’avère qu’en 2020, aucun typhon n’a touché le pays. Ce genre d’événement climatique cause évidemment des destructions, mais a au moins le mérite de remplir les réservoirs d’eau d’une partie du pays.

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen a donc d’ores et déjà appelé les citoyens à économiser l’eau et à se préparer à des pénuries. Or, ces restrictions pourraient être graves pour l’industrie des semi-conducteurs, très grosse consommatrice en eau. De plus, cette industrie fonctionne à plein régime en raison d’une demande mondiale toujours plus croissante. Rappelons au passage que ce pays répond à hauteur de 10 % à la demande mondiale de puces et fabrique 70 % de celles destinées aux voitures.

La fabrication d’une voiture électrique émet environ 50 % de CO2 de plus qu’une voiture thermique. C’est notamment lié à l’extraction des métaux pour les batteries comme le cobalt, le lithium, le manganèse, etc. Néanmoins, il ne faut pas non plus oublier la quantité d’eau astronomique utilisée pour fabriquer ces mêmes batteries et surtout les semi-conducteurs qui transforment les véhicules en ordinateurs roulants (électronique, capteurs, etc.).

Une situation inquiétante pour le futur

Rappelons tout de même que pas moins de cent litres d’eau sont nécessaires à la fabrication d’une seule puce. En effet, les puces sont nettoyées à chaque étape du processus. Pour Paul Buchwitz, la rareté progressive de l’eau “menace aujourd’hui les technologies futures pour la croissance future”. Il estime donc qu’il faut une infrastructure hydraulique plus efficace, mais aussi intensifier l’économie et le traitement de l’eau.

microprocesseur
Crédits : Jakub T. Jankiewicz / Flickr

À Taïwan, la situation est plus qu’incertaine comme le montre le quotidien de Taïwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), le numéro un mondial de la fonderie de puces. Chaque jour, cette société consomme environ 156 000 tonnes d’eau. Actuellement, la sécheresse est telle que TSMC a recours à des camions-citernes pour se faire livrer en eau. Ces agissements causent d’ailleurs de vives tensions avec les agriculteurs locaux.

Enfin, l'”hydrogène” ne semble pas être la solution. Un litre de carburant synthétique à base d’hydrogène nécessite environ 1,4 litre d’eau. Dans le cas d’un carburant obtenu à partir d’un hydrogène “vert”, la quantité d’eau nécessaire peut atteindre 70 litres par litre de carburant. En effet, une grande quantité d’eau est nécessaire à la fourniture et à l’entretien des sources d’énergies renouvelables comme les panneaux photovoltaïques.