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Les abeilles asiatiques repoussent aussi les frelons avec des excréments

Crédits : Rushen - Khao Yai National Park

Les abeilles mellifères asiatiques usent de plusieurs techniques pour se défendre contre les attaques de frelons. Selon de nouvelles recherches, l’une d’elles consiste à enduire l’entrée des ruches avec des excréments.

Les abeilles mellifères asiatiques (Apis cerana) – qui mesurent environ un centimètre de long – sont régulièrement les cibles de Vespa soror, une espèce de frelon dont les spécimens peuvent mesurer plus de 3,5 centimètres de long. Ces derniers chassent généralement les abeilles individuellement, mais à la fin de leur saison de reproduction, lorsque les larves sont nombreuses et qu’il y a donc beaucoup de bouches à nourrir, ces frelons n’hésitent pas s’attaquer directement aux ruches à plusieurs.

Les abeilles mellifères asiatiques, de leur côté, ne restent pas « les bras croisés » et proposent quelques techniques de défense visant à riposter contre ces prédateurs géants.

Ces insectes petits et très rapides peuvent notamment leur « siffler » dessus tout en zigzaguant pour désorienter leurs assaillants plus lents. Ils peuvent également se rassembler en groupe et « bomber le torse » en menaçant les frelons avec leurs abdomens. Enfin, si l’occasion se présente, ces abeilles peuvent également tuer un frelon collectivement en se rassemblant autour de lui, puis en le mobilisant pour l’amener à suffoquer.

Dans le cadre d’une étude, Heather Mattila et son équipe du Département des sciences biologiques du Wellesley College à Wellesley (Massachusetts, États-Unis) ont récemment découvert un autre moyen de défense : les excréments d’animaux.

Une technique qui fonctionne

Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs se sont concentrés sur des ruchers (groupes de ruches) au Vietnam. Il en est ressorti que sur les 67 apiculteurs interrogés qui élevaient des abeilles mellifères asiatiques dans des ruches en bois, 94% ont déclaré que la plupart de ces ruches avaient des taches fécales près de l’entrée.

Au cours de leurs observations, les chercheurs ont également constaté que lorsque l’une de ces ruches était visitée par des frelons géants, les abeilles répondaient en collectant des morceaux de déchets solides dans les poulaillers et autres tas de bouses de mammifères situés à proximité, avant de les disposer à l’entrée de leur demeure sous forme de petits monticules avec leurs mandibules. Et ça fonctionne.

D’après les chercheurs, les ruches proposant ce type de rempart fécal étaient effectivement beaucoup moins attaquées que les autres. Au terme de l’étude, aucune d’entre elles n’avait d’ailleurs été envahie.

Ces abeilles pourraient d’ailleurs ne pas être les seules à proposer ce type de défenses. Dans leur étude, les chercheurs évoquent en effet des rapports anecdotiques recueillis au Bhoutan, au sud-est de la Chine, au Népal, en Thaïlande et au Vietnam, impliquant des matières fécales à l’entrée des ruches dans le but de repousser une autre espèce de frelons bien connue : Vespa mandarinia.

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Des abeilles appliquent des excréments d’animaux à l’entrée de leurs ruches pour repousser les attaques des frelons. Crédits : Heather Mattila / Wellesley College

Des excréments pour masquer les odeurs ?

Reste à savoir pourquoi les frelons semblent si sensibles à cette stratégie. Il se pourrait que l’odeur de ces déchets organiques soit tout simplement trop désagréable pour ces insectes.

Les chercheurs évoquent une autre piste. Au cours de leur étude, ces derniers ont en effet souligné que les frelons ouvriers se frottaient souvent l’abdomen sur les ruches des abeilles, mais aussi sur les arbres dans lesquelles elles étaient installées, probablement pour indiquer leur emplacement aux autres frelons. Si tel est le cas, les matières fécales disposées à l’entrée des ruches pourraient alors masquer ces « repères chimiques » laissés par les frelons pour leurs compagnons.