En Allemagne, des géologues ont analysé dents de dinosaures afin de retrouver la composition de l’air lors du Mésozoïque. Selon les scientifiques, ces travaux devront être très utile pour l’étude des fossiles mais également, dans le domaine de la paléoclimatologie. Les auteurs ont travaillé sur un isotope particulier de l’oxygène : l’oxygène-17.
De l’émail prélevé sur des dents de dinosaures
Le Mésozoïque est l’ère géologique en place sur Terre il y a entre 252 et 66 millions d’années. Celle-ci porte également le nom d’ère des Reptiles, avec l’apparition des dinosaures, des oiseaux mais également, des mammifères. En termes de climat, celui-ci était plus chaud qu’actuellement, puisque le Mésozoïque se caractérise par une absence totale de glaciation, notamment au niveau des pôles.
Qu’en est-il de la composition de l’air à cette époque ? Des géologues de l’Université Georg-August de Göttingen (Allemagne) ont récemment affirmé avoir analysé des dents de dinosaures afin de retrouver cette composition. Leurs travaux ont fait l’objet d’une publication dans la revue PNAS le 9 juillet 2025. Plus précisément, les chercheurs ont analysé les isotopes d’oxygène présents dans l’émail des dents de dinosaures du Jurassique et du Crétacé – deux périodes géologiques du Mésozoïque – afin de reconstituer la composition de l’air.
Les chercheurs ont utilisé de l’émail prélevé sur des dents de dinosaures exposés dans des musées européens. Mais pourquoi tenter de retrouver la composition de l’air du Mésozoïque ? Pour les auteurs, il s’agit d’ouvrir une nouvelle voie de recherche afin de reconstruire un lien direct entre les vertébrés terrestres et l’atmosphère qu’ils respiraient à l’époque.

Une empreinte chimique ayant perduré durant des millions d’années
L’étude repose sur un fait assez récemment démontré : lors de la respiration des animaux (et des humains), certains isotopes de l’oxygène se fixent sur l’émail de leurs dents et dans leurs os. Ce processus d’empreinte chimique concerne également l’ingestion de nourriture et de liquides en tous genres. Or, la proportion de ces isotopes peut permettre de déterminer le taux de dioxyde de carbone (CO2) dans l’air. Dans une volonté de vérifier s’il était possible de travailler sur des fossiles très anciens, les chercheurs ont focalisé leur attention sur l’isotope le plus intéressant dans ce contexte : l’oxygène-17, capable de survivre pendant des millions d’années.
« Même après 150 millions d’années, les traces isotopiques des molécules d’oxygène de l’atmosphère du Mésozoïque que les dinosaures ont inhalées sont préservées dans leurs dents fossilisées et peuvent nous dire des choses sur la composition de l’atmosphère de l’époque et sur la photosynthèse de la biomasse. », ont indiqué les auteurs de l’étude.
Actuellement, l’air terrestre contient 430 parties par million (PPM) de CO2 dans l’air. Selon l’étude allemande, ces taux étaient de 1 200 PPM à la fin du Jurassique il y a environ 145 millions d’années et 750 PPM à la fin du Crétacé, il y a environ 66 millions d’années. Par ailleurs, l’analyse de certaines dents laisse penser que ce pic de CO2 lors du Mésozoïque est le résultat d’une activité volcanique très intense. Pour les auteurs, ces travaux pourraient déboucher sur plusieurs nouvelles pistes de recherche, à la fois pour l’étude des fossiles et l’étude du climat passé de la Terre et ses variations (paléoclimatologie).
