Des chercheurs britanniques ont récemment affirmé qu’un des ancêtres des autruches pouvait s’envoler et parcourir de longues distances. Ces travaux remettent notamment en question leur origine géographique, supposée être le Gondwana, un « supercontinent » dont le morcèlement a débuté il y a 160 millions d’années.
Une étude sur les « paléognathes »
L’autruche (Afrique), le casoar (Australie), l’émeu (Australie), le kiwi (Nouvelle-Zélande) et le nandou (Amérique du Sud) sont des oiseaux appartenant au groupe des paléognathes. Aujourd’hui, les seuls représentants de ce groupe capables de voler sont les tinamous d’Amérique du Sud, bien que peu habiles. Le terme paléognathes concerne cinq lignées d’oiseaux, dont la plupart ont perdu leur capacité de vol, des proches parents ayant fait l’objet d’une étude publiée dans la revue Biology Letters le 17 septembre 2025. Pour les chercheurs du département des Sciences de la Terre de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), il s’agissait de comprendre comment ces différents oiseaux ont-ils pu se retrouver aussi loin les uns des autres.
Longtemps, la Science considérait que les paléognathes avaient vu le jour au Gondwana, un supercontinent ancien donc le morcèlement a donné lieu à la formation des terres suivantes : l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Australie, l’Inde, l’île de Madagascar, la Nouvelle-Zélande ainsi que l’Antarctique. Suivant cette théorie, la dérive des continents aurait causé un isolement des différentes espèces de paléognathes. Cependant, des analyses génétiques ont démontré que les séparations évolutives de ces mêmes espèces se sont produites bien après la dérive des terres.

Un ancêtre capable de voler
Les scientifiques ont indiqué avoir étudié le plus ancien spécimen de lithornithidés, un groupe d’oiseaux paléognathes primitifs. Ceux-ci vivaient sur Terre durant la période géologique du Paléogène, il y a entre 66 à 23 millions d’années. Le spécimen en question est un fossile de Lithornis promiscuus, découvert dans l’état du Wyoming (États-Unis) et conservé au Musée national d’histoire naturelle des États-Unis à Washington. Par ailleurs, le spécimen fait l’objet d’une préservation en 3D sans distorsion alors qu’habituellement, les os des oiseaux sont assez fragiles et se retrouvent souvent écrasés par le processus de fossilisation .
Dans la mesure où le fossile a conservé sa forme originale, les chercheurs ont réussi à scanner son sternum, c’est à dire l’os auquel se rattachent les muscles permettant le vol. Selon les résultats des travaux, le Lithornis promiscuus était capable de voler, soit en battant des ailes continuellement, soit en alternant vol battu et vol plané. Par ailleurs, la structure de son squelette était similaire à celle des actuels hérons et aigrettes, des oiseaux capables de traverser les océans.
Pourquoi ces espèces ont-elles perdu leur capacité de vol ?
Selon Klara Widrig, principale auteure de l’étude, le perte de la capacité de vol chez les oiseaux est possible sous deux conditions. Premièrement, ces animaux doivent être en mesure de dénicher 100% de leur nourriture au sol. Ensuite, leur environnement ne doit comporter aucun prédateur les menaçant. Des recherches antérieures ont notamment permis de suggérer la présence chez les lithornithidés d’un organe vibrotactile au bout du bec, leur donnant la possibilité de sonder le sol à la recherche d’insectes.
Une autre raison possible est à mettre en lien avec l’extinction des dinosaures. En l’absence des grands prédateurs, certains oiseaux terrestres « fouisseurs » ont pu perdre leur capacité de voler afin d’économiser une grande quantité d’énergie. Au même moment, certains petits mammifères ayant survécu au cataclysme ont très lentement évolué en prédateur, donnant le temps aux oiseaux terrestres de s’adapter. Ceux-ci sont soit devenus des coureurs rapides comme l’autruche ou l’émeu, ou encore, eux-mêmes des prédateurs menaçants comme le casoar aujourd’hui.
