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Un placebo suffirait-il à soulager un chagrin d’amour ?

Crédits : iStock

La vie sentimentale est faite de merveilleux moments, mais aussi de périodes plus douloureuses. Lors d’une rupture après une relation forte, le monde s’effondre autour de soi et on se retrouve submergé d’émotions négatives. Ce sentiment intensément douloureux multiplie par vingt le risque de développer une dépression dans l’année à venir. Si certains des psychologues proclament certaines étapes à suivre pour rebondir après une rupture, des chercheurs de l’Université du Colorado à Boulder (États-Unis) ont démontré par une étude parue dans le Journal of Neuroscience qu’il suffirait d’un placebo.

Des scientifiques de l’Université du Colorado ont décidé de réaliser une expérience sur le chagrin d’amour. Et s’il suffisait d’un simple remède pour lutter contre cette géhenne ? Cette solution miracle n’en est pas vraiment une et pourtant l’effet placebo fonctionne. L’expérience a fait appel à un groupe de quarante personnes volontaires. Tous devaient venir avec deux photos : une de leur ex-partenaire et l’autre d’un ami. Chacun d’eux avait pour mission de se remémorer des souvenirs, dont la rupture, en regardant chacune des photos. Pour mesurer l’effet produit sur les personnes et visualiser la zone de la douleur dans leur cerveau, celles-ci étaient placées en examen IRM. Pour tester la douleur émotionnelle, les chercheurs ont commencé par la douleur physique en plaçant un objet chaud sur l’avant-bras des volontaires afin de mieux visualiser la partie du cerveau qui contrôle la douleur. Ces derniers devaient mesurer l’intensité de douleur que cela procurait sur une échelle de 1 (très douloureux) à 5 (peu douloureux).

Après examen, les scientifiques ont pu confirmer que les douleurs émotionnelles et les douleurs physiques activent des régions cérébrales similaires. Et selon le Professeur Tor Wager, l’un des acteurs principaux de l’expérience, cela démontre que la souffrance affective provoque de vraies douleurs à l’être humain.

Il a déclaré dans un communiqué de presse : « sachez qu’elle [la douleur] est réelle, elle existe sur le plan neurochimique. » Son collègue, Leonie Koban, affirme également que : « rompre avec un partenaire est l’une des expériences les plus émotionnellement négatives qu’une personne peut avoir, et cela peut être susceptible d’être un déclencheur important de développer des problèmes psychologiques. »

Si la douleur mentale est comparable à la douleur physique, un médicament ou plutôt un placebo peut-il être efficace ? C’est ce questionnement qui a motivé cette recherche et les scientifiques ont démontré que cela est possible. Il a déjà été prouvé que le placebo pouvait résoudre quelques problèmes comme la dépression.

Pour examiner leurs hypothèses, les chercheurs ont divisé les volontaires en deux groupes de 20 personnes. Le groupe 1 s’est vu offrir un spray nasal en spécifiant que celui-ci atténuera leur chagrin d’amour. Le groupe 2 a reçu le même spray, mais cette fois-ci les scientifiques ont expliqué qu’il s’agissait d’une simple solution physiologique. Après cela les deux groupes ont été de nouveau soumis à l’expérience des images de leur ex-conjoint sous IRM. Résultats : les personnes du groupe 1 qui pensaient avoir reçu un médicament contre le chagrin d’amour ont ressenti une douleur beaucoup moins forte que dans le groupe 2, car le cerveau a réagi différemment. Le cortex préfrontal dorsolatéral qui joue un rôle important dans la gestion des sentiments a été activé plus fortement. Même bilan pour les neurotransmetteurs capables de soulager la déprime (dopamine et d’opioïdes.)

Le Professeur Tor Wager explique que : « rien que le fait de faire quelque chose pour soi et de s’engager dans quelque chose qui redonne de l’espoir peut avoir un impact », mais aussi que « le fait est que vous avez des attentes positives et qu’elles influencent l’activité dans votre cortex préfrontal qui, à son tour, influence les systèmes de votre mésencéphale pour générer des réponses neurotoxiques aux opioïdes ou à la dopamine… » En conclusion, en cas de rupture, l’un des chercheurs recommande de faire une activité qui vous fera du bien afin de vous aider à vous sentir mieux. Évident, mais scientifique !

Source –Colorado –JNeurosci