Personne ne sait qu’il s’agit d’une infraction : ce geste anodin que vous faites au volant peut vous coûter cher (ainsi qu’à la planète)

Au feu rouge, perdu dans ses pensées, ou tout simplement installé sur le parking du supermarché, combien laissent tourner leur moteur sans y prêter attention ? En cette fin d’année, alors que les températures jouent au yo-yo et que la douceur d’un habitacle chauffé semble précieuse, ce geste anodin paraît presque naturel. Pourtant, il cache bien plus qu’une simple question de confort. Derrière cette habitude répandue se dissimulent des répercussions inattendues, et un risque légal que très peu soupçonnent. Pourquoi cette pratique apparemment inoffensive peut-elle coûter cher, et comment renoncer enfin à ce réflexe lors des froides matinées de décembre ?

Laisser le moteur tourner à l’arrêt : un réflexe plus courant qu’on ne l’imagine

Qu’il s’agisse d’attendre un proche après les courses, de gratter le pare-brise gelé alors que l’air chaud souffle dans la voiture, ou de s’armer de patience dans un embouteillage hivernal, laisser tourner le moteur à l’arrêt fait presque partie du paysage routier français. Dans la routine quotidienne, cet acte passe souvent inaperçu, intégré à la liste des petits gestes « pratiques » qui semblent sans conséquences.

Les raisons invoquées sont multiples : besoin de chauffage ou de climatisation, peur de solliciter la batterie, ou simple habitude devenue automatisme. L’hiver, on espère que le moteur réchauffera l’habitacle plus rapidement. En été, seule la climatisation paraît capable de supporter une attente prolongée. Certains conducteurs pensent qu’éteindre et rallumer sans cesse le moteur serait contreproductif, voire nuisible pour le véhicule. Mais qu’en est-il réellement ?

Un geste illégal : ce que dit la loi française

Ce que beaucoup ignorent, c’est que ce geste « innocent » est formellement interdit par le Code de la route. Depuis plus de dix ans, la réglementation française est claire : il est interdit de laisser le moteur d’un véhicule tourner à l’arrêt, que ce soit pour garder la chaleur ou la fraîcheur à l’intérieur, ou simplement pour son confort personnel. L’arrêt ou le stationnement du véhicule moteur tournant, hors nécessité absolue, constitue une infraction.

Le risque : une amende de 135 euros, qui tombe sans possibilité d’excuse sur le dos de l’automobiliste distrait. Si la sanction peut sembler rarement appliquée, certaines villes, plus soucieuses de qualité de l’air, multiplient désormais les contrôles, notamment en période hivernale quand la tentation de chauffer la voiture à l’arrêt est à son comble.

À l’arrêt, un moteur pollue tout autant… voire plus

Laisser tourner sa voiture à l’arrêt, c’est comme brûler de l’essence — ou du gazole — en pure perte. Ce que l’on sait moins, c’est que le véhicule, immobilisé, fonctionne généralement moins efficacement : le moteur tourne à bas régime et le système anti-pollution n’est pas pleinement opérationnel. Résultat : jusqu’à 300 grammes de CO2 sont émis chaque tranche de 15 minutes à l’arrêt. À l’échelle d’un quartier, le compte grimpe vite, surtout lors des matins de décembre où chacun attend que son pare-brise dégivre.

Au-delà du climat, l’enjeu est aussi sanitaire : particules fines, oxydes d’azote, émissions de monoxyde de carbone… Les gaz rejetés, concentrés en ville ou près des écoles, forment une soupe toxique particulièrement dangereuse pour les enfants et les personnes vulnérables. Un impact considérable tant sur l’environnement que sur la santé publique.

Bataille d’idées reçues sur le vrai et le faux

Beaucoup pensent que couper son moteur pour quelques minutes est néfaste pour la mécanique. Pourtant, les véhicules modernes supportent sans difficulté plusieurs redémarrages quotidiens. Contrairement à une vieille croyance, cela n’use ni la batterie, ni le démarreur prématurément. La norme aujourd’hui ? Les systèmes « start & stop » intégrés dans de nombreuses voitures neuves coupent et relancent le moteur automatiquement à chaque arrêt !

Une autre excuse répandue en hiver, quand le mercure plonge : il faudrait faire tourner sa voiture pour bien la « chauffer » avant de prendre la route. Or, la grande majorité des constructeurs recommandent désormais de rouler doucement les premiers kilomètres, moteur éteint à l’arrêt, plutôt que de patienter sur place au point mort.

Des astuces simples pour changer la donne

Alors, comment adopter de bonnes habitudes ? Pour ne plus oublier d’éteindre le moteur, poser son trousseau de clés bien en vue ou programmer une petite alerte sur son smartphone fonctionne à merveille. On peut aussi glisser un post-it ou une petite pancarte sur le tableau de bord lors des trajets quotidiens à l’école ou au marché, histoire de casser la routine.

Inutile de sacrifier le confort : en hiver, s’équiper de gants et d’un grattoir permet de rester protégé le temps de déneiger, sans avoir à chauffer l’habitacle inutilement. L’été, ouvrir les fenêtres à l’arrêt suffit pour quelques minutes d’attente. De quoi préserver son portefeuille comme la planète, en évitant l’amende et l’essence consommée sans nécessité.

La France change-t-elle la donne ?

Certaines municipalités ont décidé de montrer l’exemple : à Paris, Grenoble ou Lyon, des campagnes de sensibilisation rappellent régulièrement « Moteur coupé = air purifié ». La pédagogie devrait occuper une place plus importante dans les années à venir, avec potentiellement davantage de contrôles ciblés, en particulier dans les zones scolaires ou à proximité des marchés de Noël où la foule s’accumule en décembre.

Du côté des constructeurs, la généralisation des systèmes automatiques d’arrêt représente une avancée significative : moins d’imprudence et d’oubli, moins de carburant gaspillé inutilement. La réglementation pourrait encore se renforcer, notamment pour les professionnels et les véhicules de livraison, encouragés à montrer l’exemple pour les générations futures.

Rompre avec cette habitude représente bien plus que l’évitement d’une sanction financière : c’est offrir un air plus sain à son quartier, à ses voisins et à ses enfants. En cette fin d’année, s’arrêter moteur coupé constitue un geste simple mais significatif pour l’environnement… et pour notre propre bien-être. Et si, d’ici quelques hivers, cette pratique devenait naturelle pour tous les conducteurs ?

Tristan

Rédigé par Tristan