Une nouvelle étude révèle que la dernière population de mammouths laineux, isolée sur l’île Wrangel, a été anéantie par un événement mystérieux et soudain. Contrairement aux théories antérieures, cette extinction n’est pas due à la consanguinité, mais reste un mystère non résolu.
Une population de mammouths isolée, mais viable
Pendant des milliers d’années, les mammouths laineux ont parcouru les vastes étendues de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord. Ces créatures majestueuses ont prospéré jusqu’à la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 10 000 ans, lorsque leur habitat, la toundra arctique, a commencé à se réduire. Dès lors, la plupart des populations continentales ont disparu, mais une petite population trouva refuge sur l’île Wrangel, située au nord de la Sibérie, où elle survécut pendant environ 6 000 ans.
Nous savons que ces mammouths de l’île Wrangel provenaient d’un groupe fondateur très réduit, estimé à environ huit individus. Cette situation a naturellement conduit les scientifiques à penser que la consanguinité et les mutations génétiques nocives avaient conduit à leur extinction. Cependant, une nouvelle étude, publiée dans la revue Cell, remet en question cette hypothèse.
Dans le cadre de ces travaux, des chercheurs ont analysé les génomes de vingt et un mammouths, dont quatorze provenant de l’île Wrangel et sept de populations continentales antérieures à leur isolement sur l’île. Les résultats montrent que bien que les mammouths de l’île aient présenté des signes de consanguinité et une faible diversité génétique, les mutations les plus dangereuses ont été éliminées de leur génome au fil du temps. En outre, si des mutations légèrement nocives étaient encore présentes, l’étude montre qu’elles n’étaient pas suffisamment problématiques pour provoquer l’extinction des mammouths.
Comment expliquer la disparition des mutations sévères ?
Notez que dans le contexte évolutif, l’élimination des mutations les plus dangereuses dans une population peut se produire principalement de deux manières : la sélection naturelle et la dérive génétique. Dans le détail, les mutations les plus nocives peuvent rendre un individu moins apte à survivre et à se reproduire. Dans un environnement où ces mutations sont très préjudiciables, les individus porteurs de ces mutations ont en effet moins de chances de survivre jusqu’à l’âge de reproduction ou bien de transmettre leurs gènes à la génération suivante. Ainsi, au fil des générations, ces mutations ont tendance à être éliminées de la population, car elles réduisent la fitness (aptitude à la survie et à la reproduction) des individus.
En ce qui concerne la dérive génétique, ce processus se produit par hasard. Certaines mutations, qu’elles soient bénéfiques, neutres ou nocives, peuvent être perdues dans une population simplement en raison de la chance. Dans le cas des mammouths de l’île Wrangel, bien que des mutations légèrement nocives aient persisté, celles qui étaient extrêmement nocives (et donc potentiellement létales) ont pu disparaître par dérive génétique si elles se trouvaient dans des individus qui n’ont pas réussi à survivre jusqu’à la reproduction.

Un phénomène encore débattu
La nature exacte de leur extinction reste donc inconnue. Les chercheurs spéculent qu’il pourrait s’agir d’un phénomène environnemental soudain, comme une catastrophe naturelle, une épidémie ou un changement climatique rapide. Les fossiles de mammouths de la dernière période de leur existence sur l’île Wrangel sont encore en cours d’examen pour fournir des indices supplémentaires.
L’étude des mammouths de l’île Wrangel offre également des leçons cruciales pour les programmes de conservation modernes. Dans un monde où de nombreuses espèces sont en danger en raison de la perte d’habitat, du changement climatique et de la consanguinité, il est vital de comprendre les dynamiques génétiques des populations survivantes. La survie des mammouths sur l’île Wrangel pendant 6 000 ans montre que les populations isolées peuvent persister malgré des défis génétiques. Cependant, leur extinction soudaine rappelle la fragilité de ces populations face à des événements imprévisibles.
