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La fonte du Groenland risque de déréguler la mousson asiatique

Crédits : NASA / NOAA.

Si la mousson asiatique venait à se déréguler dans les décennies à venir, l’origine pourrait bien se trouver dans la libération massive d’eau douce dans le nord de l’Atlantique par la fonte du Groenland. En effet, des chercheurs ont récemment démontré comment les perturbations initiées dans le bassin atlantique nord ont conduit dans le passé à une réorganisation des régimes de pluie en Asie du Sud-est. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Geoscience ce 18 novembre.

La mousson asiatique véhicule l’eau douce essentielle à plus d’un milliard de personnes entre le sud-est de la Chine et le Bangladesh, en passant par l’Inde. Ce système de vents planétaire est organisé par le contraste de température qui apparaît chaque été entre une masse continentale surchauffée au nord et un océan relativement frais au sud.

En dépit de la distance qui les sépare, la mousson asiatique est modulée par les courants océaniques du bassin atlantique. On parle d’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation) pour résumer cette circulation qui transporte une importante quantité de chaleur depuis les tropiques vers le pôle. Aussi, tout changement de son intensité tend à affecter les zones de moussons et à augmenter ou diminuer la quantité de pluie tombant sur une région donnée.

Étudier le passé pour mieux anticiper l’avenir

Or, avec le changement climatique, on s’attend justement à ce que l’AMOC s’affaiblisse, ce qui aurait nécessairement une influence sur l’évolution des régimes de moussons. Toutefois, à l’heure actuelle, la relation précise qui lie les deux systèmes reste mal connue. Pour mieux comprendre, un groupe de chercheurs a décidé de chercher des réponses dans le passé de la Terre.

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Crédits : NASA Earth Observatory.

La période choisie par les scientifiques cible la sortie de l’avant-dernière glaciation, il y a 147 000 à 125 000 ans, à un moment où de nombreuses débâcles d’icebergs ont affaibli, voire effondré l’AMOC. Grâce à l’étude des stalagmites du sud-ouest de la Chine et à une méthodologie novatrice permettant de découpler l’influence de la température de celles des précipitations, les auteurs de l’étude ont pu voir comme la mousson se comportait lorsque l’AMOC subissait des baisses de régime.

« Dans les climats continentaux, il n’y a rien de mieux que les stalagmites comme archives climatiques parce qu’elles offrent une précision de datation incomparablement élevée sur plusieurs millénaires », note Hubert Vonhof, auteur principal du papier.

Une réponse graduée de la mousson asiatique aux baisses de l’AMOC

Les résultats de ces travaux montrent que pour de faibles perturbations, c’est-à-dire pour une circulation atlantique un peu ralentie, la mousson asiatique dure un peu moins longtemps, mais ne montre pas de changement majeur dans le régime de pluie. À l’inverse, pour des perturbations importantes avec un effondrement de l’AMOC, la mousson est fortement réduite à cause de l’affaiblissement du contraste thermique entre le continent et l’océan lié à la chute du transport de chaleur vers le pôle par les courants océaniques.

« L’étude décrypte avec des détails sans précédent comment les climats de mousson ont réagi aux impulsions d’eau de fonte à cette époque », souligne Hubert Vonhof. « Nous avons ainsi fait un grand pas en avant pour mieux comprendre les conséquences mondiales du changement climatique induit par l’homme d’aujourd’hui ».