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La nébuleuse d’Orion dévoile son côté obscur

Crédits : Eso, H. Drass et al.
Une équipe de l’ESO (l’Observatoire européen austral)  a sondé les profondeurs encore inexplorées de la grande nébuleuse d’Orion à l’infrarouge. Surprise : La nébuleuse Messier 42 révèle l’existence d’un nombre de naines brunes et d’objets de masse planétaire dix fois supérieur au nombre d’objets connus.

Une équipe de chercheurs de l’Observatoire européen austral (ESO) vient de publier une image spectaculaire de la nébuleuse d’Orion. Usant de l’instrument infrarouge Hawk-1, installé sur le VLT (Very Large Telescope), l’équipe nous révèle un nombre insoupçonné de corps sombres, de naines brunes de faible luminosité et d’objets isolés de masse planétaire. De quoi remettre en cause les théories de formation stellaire jusqu’ici convenues.

Longue de 24 années-lumière, et située à l’intérieur de la constellation d’Orion, la nébuleuse est un laboratoire de test idéal des scénarios de formation stellaire. Amelia Bayo, de l’université de Valparaiso, au Chili, et coauteure l’étude, explique toute l’importance de ce laboratoire céleste : « Déterminer le nombre d’objets de faible masse présents au sein de la nébuleuse d’Orion permet de contraindre les théories actuelles de formation stellaire. Nous réalisons aujourd’hui que le processus de formation de ces objets de faible masse dépend étroitement de leur environnement ».

Superposition de clichés signés Hawk-1, installée sur le VLT. Vue la plus profonde à ce jour de cette région du ciel. © Eso, H. Drass et al.
Superposition de clichés signés Hawk-1, installée sur le VLT. Vue la plus profonde à ce jour de cette région du ciel. Crédits : Eso, H. Drass et al.

Nous savions que la nébuleuse était fertile, donnant vie à un grand nombre d’étoiles depuis des millions d’années. Ionisée, et donc illuminée par quelques dizaines d’étoiles supergéantes extrêmement jeunes et lumineuses, la pouponnière cache en son sein des milliers de jeunes étoiles plus légères et moins brillantes. Nous pensions jusqu’alors que ces petites étoiles (quatre fois moins massives et dix fois moins brillantes que le Soleil) étaient peu nombreuses, mais cette nouvelle étude révèle une population nouvelle. Près de huit cents naines brunes, ces mini étoiles trop peu massives pour connaître des réactions nucléaires en leur cœur ont été décelées. Plus étonnant, cent soixante objets bien plus petits encore, entre cent et mille fois moins massifs que le Soleil, c’est à dire d’une masse supérieure ou égale à celle de Jupiter, ont été découverts dans la nébuleuse. Des mondes obscurs et étranges, qui ont sans doute été expulsés de leurs étoiles durant la formation des systèmes stellaires dans l’environnement dense, chaotique et violent de la nébuleuse.

Cette nouvelle image intrigue, suscite un réel engouement, et semble augurer d’une nouvelle ère dans notre connaissance de la formation planétaire et stellaire. L’existence insoupçonnée d’un grand nombre d’objets de très faible masse invite à penser que la nébuleuse engendre probablement bien plus d’objets de faible masse que d’autres régions de formation stellaire situées à plus grande proximité de la Terre et caractérisées par une plus faible activité.

Sources : futura-sciences / sciences-et-vie