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Jamais le Groenland n’avait perdu autant de glace en une année

Crédits : Felipe Dana

Le Groenland a perdu plus de 530 milliards de tonnes métriques de glace en 2019. Pour mettre cela en perspective, cette fonte serait suffisante pour noyer la Californie sous 1,25 m d’eau. Près de la moitié de cette glace a été perdue en juillet, alors que la région essuyait une vague de chaleur inhabituelle.

Entre 2003 et 2016, la calotte glaciaire du Groenland fut l’un des principaux contributeurs à l’élévation du niveau de la mer, libérant environ 255 milliards de tonnes de glace chaque année. Cette perte de masse a néanmoins ralenti en 2017 et 2018, avec une perte de glace estimée à environ 100 gigatonnes enregistrée au cours de ces deux années. Cependant, ce n’était qu’une brève accalmie.

En effet, l’été dernier a brisé tous les records avec 530 milliards de tonnes métriques de glace perdues, selon des mesures satellitaires rapportées dans une étude jeudi dans Nature. Cela représente environ un million de tonnes perdues par minute tout au long de l’année.

Au cours de l’année record précédente, en 2012, la perte nette était d’environ 460 milliards de tonnes métriques. « Non seulement la calotte glaciaire du Groenland fond, mais elle fond à un rythme de plus en plus rapide », résume Ingo Sasgen, géoscientifique à l’Institut Alfred Wegener en Allemagne, et principal auteur de l’étude.

Cette fonte record essuyée l’année dernière n’est évidemment pas sans conséquence, élevant à elle seule le niveau de la mer de 1,5 mm. « Cela semble minime, mais dans notre monde, c’est tout simplement énorme », souligne le coauteur de l’étude Alex Gardner, de la NASA. Pour information, si toute la calotte glaciaire du Groenland fondait, le niveau de la mer augmenterait de six mètres.

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Le glacier Helheim, au Groenland. Crédits : Felipe Dana

Plusieurs facteurs

D’après les chercheurs, cette fonte record est à mettre au crédit du réchauffement climatique, d’une part. Pour rappel, les régions côtières du Groenland se sont réchauffées en moyenne de 3 °C en été depuis 1991. En juillet, l’air chaud de l’Europe s’est également déplacé vers le nord, entraînant des températures bien supérieures à la normale et provoquant une fonte généralisée de la surface de la calotte glaciaire.

Toutefois, il n’y a pas que ça. Cette année, un changement dans un courant-jet a entraîné un blocage des conditions anticycloniques sur l’Arctique. Les hautes pressions ont alors favorisé l’apparition de vents venant des États-Unis et du Canada, plus chauds, sur le Groenland. En conséquence, les températures ont augmenté, limitant également l’apparition de chutes de neige. Notez que cette configuration atmosphérique était également l’origine de la fonte record enregistrée en 2012.

Pour rappel, une étude publiée il a quelques jours dans Nature Communications Earth and Environment soulignait que les glaciers du Groenland avaient franchi un dangereux point de basculement. Désormais, la neige censée reconstituer la calotte glaciaire chaque année ne permet plus de combler la perte de glace écoulée dans l’océan.