Il y a environ 70 ans, la Central Intelligence Agency (CIA) aux Etats-Unis avait implanté des électrodes dans le cerveau de plusieurs chiens. L’objectif était de vérifier s’il était possible de contrôler le comportement de ces animaux en terrain ouvert et ce, grâce à des stimulations électriques déclenchées à distance. Autrement dit, il s’agissait de transformer ces chiens en « armes télécommandées ».
Contrôler des chiens à l’aide de stimulations électriques
En 2002, la CIA a déclassifié de nombreux documents, notamment de nombreuses archives relatives à ses recherches en matière de contrôle mental dans les années 1950-1960. Or, il est ici question de MKUltra, un vaste programme d’expérimentation humaine ultra secret comprenant 149 sous-projets. Une quantité inconnue de citoyens étasuniens ont été abusés et utilisés comme cobayes, certains ayant été soumis à des ondes radios, des doses de drogues, des chocs électriques etc. En pleine guerre froide, l’un des principaux objectifs du programme était de développer des techniques de lavage de cerveau à utiliser contre les soviétiques.
En ce qui concerne les sous-projets du programme, certains n’ont pas épargné les animaux, ce qui nous amène à évoquer le numéro 94. Disponible sur le site officiel de la CIA (PDF en anglais / 68 pages), l’archive décrit comment des scientifiques ont implanté des électrodes dans le cerveau de six chiens afin de tenter de vérifier s’il était possible de contrôler leur comportement à distance, à l’aide de stimulations électriques.
En mai 2025, l’historien essayiste John Lisle a publié un ouvrage baptisé Project Mind Control: Sidney Gottlieb, the CIA, and the Tragedy of MKULTRA. L’intéressé affirme que dans le cadre du sous-projet 94, il était effectivement possible de contrôler à distance le comportement des chiens, surtout en utilisant le renforcement positif. Lorsqu’un chien évoluait dans la bonne direction, de petites décharges électriques stimulaient ses zones de plaisir. Au contraire, si l’animal faisait fausse route, la récompense se désactivait. Ainsi, le chien changeait de direction afin de tenter de retrouver la sensation de plaisir.

Un genre de missiles guidés kamikazes
Le pire de ce sous-projet 94 réside certainement dans les interventions chirurgicales visant à implanter les dispositifs. En effet, les chiens ont contracté des infections et autres maladies avant même le début de leurs tests en dehors du laboratoire. Les animaux n’ont pas eu d’autre choix que de composer avec ces maux causés par des câbles mal implantés, des incisions non traitées ou encore, des boîtiers accrochés à leur harnais. Finalement, la CIA a annulé le projet et envoyé les chiens se faire opérer.
Outre la méthodologie qui pourrait faire bondir n’importe quel défenseur des animaux, le sous-projet a, malgré une interruption précoce donné lieu à une conclusion peu reluisante. Le rapport final décrivait des chiens en théorie capables de repérer des menaces chimiques et d’envoyer des messages, mais pas seulement. En effet, les scientifiques ont affirmé qu’il était possible d’utiliser ces animaux comme un genre de missiles guidés kamikazes pouvant faire exploser des infrastructures. Le même document stipulait que ce genre d’applications était synonyme de destruction de l’animal et qu’il était possible de décliner l’expérience sur une gamme d’espèces.
Enfin, outre les chiens, la CIA a envisagé toute sortes d’animaux à la carrure plus imposante, qui seraient notamment capables de transporter de lourdes charges sur de longues distances, par exemple des ours et des yaks (un genre de bœuf sauvage). L’objectif était là encore questionnable, puisqu’il s’agissait de transformer ces animaux en un genre de plate-formes clandestines en capacité d’acheminer des armes chimiques ou biologiques dans des régions hostiles. Par ailleurs, l’une des finalités du sous-projet 94 était d’exercer ce genre de téléguidage sur des humains mais heureusement, l’agence avait arrêté les frais avant qu’il ne devienne trop tard.
