Impression d'artiste de Joaquinraptor casali , un mégaraptor récemment découvert en Argentine.

Des chercheurs identifient un nouveau dinosaure aux griffes monstrueuses… Et il avait encore quelque chose dans la gueule

En Patagonie, une découverte exceptionnelle vient bouleverser notre vision des prédateurs préhistoriques. Joaquinraptor casali, un chasseur de plus d’une tonne aux capacités de destruction stupéfiantes, régnait sur l’Amérique du Sud quand les tyrannosaures dominaient le Nord. Mais contrairement à son célèbre rival, ce tueur utilisait une stratégie de chasse d’une précision chirurgicale qui en faisait peut-être le prédateur le plus redoutable de son époque.

Un géant aux armes disproportionnées

Imaginez un prédateur de 7 mètres de long pesant plus d’une tonne, équipé de bras démesurés terminés par des griffes comparables à des taille-haies. Voilà Joaquinraptor casali, le nouveau roi des carnivores sud-américains découvert dans la formation géologique de Lago Colhué Huapi, au cœur de la Patagonie argentine.

Ce mégaraptor – littéralement « grand voleur » – appartient à une famille de théropodes qui a dominé les écosystèmes de l’hémisphère Sud pendant des millions d’années. Contrairement aux représentations hollywoodiennes qui nous ont habitués aux massifs tyrannosaures, Joaquinraptor incarnait une approche radicalement différente de la prédation.

La preuve d’un appétit féroce

Les paléontologues de l’Institut patagonien de géologie ont fait une découverte saisissante lors de l’extraction du fossile : un os de patte d’un ancien parent du crocodile était encore coincé entre les mâchoires du prédateur. Cette « dernière collation » fossilisée témoigne non seulement du régime alimentaire varié de l’animal, mais confirme également son statut de prédateur apex dans la région.

Cette découverte, menée par Lucio Ibiricu et son équipe, a nécessité trois campagnes de fouilles depuis 2019 pour déterrer complètement le spécimen. Le fossile remarquablement préservé comprend une grande partie du crâne, des côtes, des vertèbres et des membres, offrant aux scientifiques une fenêtre exceptionnelle sur l’anatomie de ces chasseurs redoutables.

joaquinraptor dinosaure

Un tueur d’élite face au bulldozer tyrannosaure

Pendant que Tyrannosaurus rex terrorisait l’Amérique du Nord avec sa mâchoire broyeuse d’os et sa masse imposante, Joaquinraptor développait une stratégie de chasse complètement opposée dans l’hémisphère Sud. Steve Brusatte, paléontologue à l’Université d’Édimbourg, établit une comparaison saisissante : « Ses bras et ses mains font paraître le T. rex chétif en comparaison, Arnold Schwarzenegger contre Danny DeVito, du moins en termes de bras. »

Cette différence anatomique révèle des méthodes de chasse diamétralement opposées. Là où le tyrannosaure misait sur la force brute et des mâchoires dévastatrices, Joaquinraptor privilégiait la rapidité, l’agilité et une précision chirurgicale. Ses membres antérieurs surdimensionnés lui permettaient de saisir, lacérer et manipuler ses proies avec une dextérité inégalée.

Le dernier géant avant l’extinction

L’analyse histologique des os révèle que le spécimen découvert était un individu mature d’au moins 19 ans, mais qui aurait pu continuer à grandir. Cette découverte revêt une importance capitale : Joaquinraptor représente probablement le dernier mégaraptor ayant vécu avant l’extinction massive du Crétacé-Paléogène, il y a 66 millions d’années.

Darla Zelenitsky, paléontologue à l’Université de Calgary, souligne l’importance de cette trouvaille : « Ce fossile nous éclaire sur la phase finale de leur évolution en Amérique du Sud, avant l’extinction massive. » La découverte prouve que les mégaraptors ont maintenu leur statut de super-prédateurs jusqu’aux derniers moments de l’ère des dinosaures.

joaquinraptor dinosaure
Le fossile a été découvert en 2019, mais il a fallu trois saisons pour le déterrer.

Un écosystème tropical perdu

L’environnement dans lequel évoluait Joaquinraptor différait radicalement de la Patagonie actuelle. Les sédiments entourant le fossile révèlent un monde de plaines inondables chaudes et humides, proches de la mer. Dans ce paradis tropical du Crétacé, ce chasseur d’élite régnait en maître sur une faune diversifiée.

Cette découverte, publiée dans Nature Communications, enrichit considérablement notre compréhension des écosystèmes préhistoriques. Elle démontre que, loin d’être une version affaiblie des prédateurs du Nord, les carnivores sud-américains avaient développé leurs propres stratégies d’excellence, parfaitement adaptées à leur environnement.

Joaquinraptor casali nous rappelle que l’évolution n’a pas un seul visage : parfois, la précision et l’agilité l’emportent sur la force brute.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.