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Quand les cosmonautes s’envolaient encore dans l’espace avec des armes

Crédits : Pexels/pixabay

Il n’y a encore pas si longtemps, les cosmonautes soviétiques rejoignaient les différentes stations spatiales armés d’un pistolet à trois canons. Le but ? Pouvoir se défendre en cas d’attaques. Non pas dans l’espace, mais en cas d’atterrissage raté.

Dans les années 1960, la militarisation potentielle de l’espace conduisit plusieurs pays à rédiger et signer le Traité sur l’espace extra-atmosphérique des Nations Unies (1967). Ce document permit de poser les fondements juridiques de l’exploration de l’espace, interdisant notamment de placer des missiles nucléaires et des armes de destruction massive (ADM) en orbite terrestre. Cependant, cela n’a pas empêché certains cosmonautes d’emporter des armes de poing dans l’espace.

Durant l’époque de Youri Gagarine, les cosmonautes s’envolaient dans l’espace armés d’un pistolet Makarov (PM), comme les policiers russes. L’arme devait servir en cas d’atterrissage imprévu, pour se protéger “contre les animaux sauvages et les éléments criminels”. Mais était-ce pour autant suffisant ? L’expérience d’Alexeï Leonov et Pavel Beliaïev, essuyée en 1965, suggéra que non.

Sous la menace des ours

Leonov et Beliaïev ne sont pas n’importe qui. Tous deux ont en effet été choisis pour participer à la mission Voskhod 2, dont l’objectif était de réaliser la toute première sortie extravéhiculaire dans l’espace. Et au passage, de donner une seconde “claque” aux États-Unis, après la première infligée par Gagarine. Le grand jour aura lieu le 18 mars 1965. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu.

Après une mission cauchemardesque (relatée ici), les cosmonautes ont en effet atterri à 386 kilomètres du site prévu, en pleine forêt sibérienne.

Les particularités du terrain empêchant les sauveteurs de rejoindre rapidement les deux hommes, ces derniers durent alors passer deux nuits sur place, sous la menace des ours tout juste sortis de leur hibernation. Face à de tels prédateurs, un pistolet Makarov n’était qu’un maigre rempart. «La seule chose que nous pouvions faire avec cette arme était de nous tirer une balle dans la tête», avait un jour expliqué Leonov.

Une arme à trois canons

Une fois rapatrié, ce dernier proposa alors de créer une arme spéciale permettant de réellement survivre en cas d’atterrissage d’urgence. Vladimir Paramonov, chef constructeur de la manufacture d’armes Toulski Oroujeïny Zavod, développa alors le TP-82. Ce pistolet ne proposait pas un, mais trois barils. Un pour des balles de fusil de 5,45 mm, un second pour des cartouches de fusil de chasse de 32 mm, et le dernier pour des cartouches de signalisation.

En outre, sa crosse pliante, qui pouvait faire office de pelle, contenait également une machette pivotante.

Le TP-82 aura ensuite intégré toutes les missions spatiales russes de 1982 à 2006, maintenu dans le kit de survie d’urgence portable des capsules Soyouz. À cette époque, les astronautes de la NASA apprenaient également à manier l’arme dans les camps d’entraînements programmés en pleine mer Noire. L’astronaute Dave Wolf, qui a passé quatre mois à bord de la station spatiale russe Mir en 1997-98, se rappelle d’un pistolet «bien équilibré, très précis et pratique à utiliser».

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Le TP-82. Crédits : Musée de l’espace Stafford

Au milieu des années 2000, le TP-82 a finalement été retiré et remplacé par le pistolet semi-automatique Makarov 9 mm, plus compact, utilisé par les forces spéciales russes. Néanmoins, il semblerait que les cosmonautes aient abandonné ces armes depuis quelques années, rapporte James Oberg, expert des programmes spatiaux russes et chinois.

En résumé, en 2013, un responsable de la NASA lui avait assuré que l’arme avait été retirée des kits de survie standard. L’Agence spatiale russe restant de son côté muette sur le sujet, il décida alors d’interroger directement deux cosmonautes à la fin d’une conférence de presse tenue durant l’été 2014.

«Encore une question, s’il vous plaît», leur avait-il demandé en russe. «Le pistolet dans la trousse d’urgence, est-ce que vous le portez toujours ?».

L’un des deux cosmonautes, d’un air amusé, lui fit alors comprendre que l’arme n’était plus disponible depuis quelques années. Quant à savoir pourquoi, il haussa simplement les épaules et sourit. Mais était-ce réellement le cas ?

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Le pistolet TOZ 82 pouvait être chargé de trois types de munitions : les balles de fusil, les cartouches de fusil de chasse et les fusées éclairantes. Crédits : Musée de l’espace Stafford

Toujours sur la liste

Deux mois plus tard, James Oberg interrogea l’astronaute italienne Samantha Cristoforetti, qui devait intégrer l’équipage suivant. Celle-ci lui raconta alors une anecdote. Lors de ses examens oraux finaux à Moscou, on lui avait demandé d’énumérer le contenu du kit de survie à l’atterrissage d’urgence des capsules Soyouz. L’astronaute les avait alors écrites au tableau devant le comité de révision, prenant soin d’expliquer l’utilisation de chaque élément.

«Puis, lui a-t-elle expliqué pour montrer que j’en savais encore plus, j’ai ajouté qu’un pistolet avait déjà été sur cette liste mais qu’il avait récemment été retiré».

C’est alors que le président du conseil d’administration la corrigea. «Non, le pistolet est toujours sur la liste du contenu du kit», se souvient-elle avoir entendu. «Mais avant chaque mission, nous nous réunissons pour examiner cette liste et votons pour le retirer avant chaque vol».

Ainsi, il semblerait qu’il n’y ait effectivement plus d’arme à bord de l’ISS depuis plusieurs années. En revanche, théoriquement, les cosmonautes russes pourraient encore les intégrer à leur kit de survie.