L’image des chasseurs préhistoriques qui attaquent des mammouths et des mastodontes avec des lances pour les abattre est gravée dans l’imaginaire collectif. Cependant, une nouvelle étude bouleverse cette vision traditionnelle. Au lieu de lancer des armes sur ces énormes créatures, les chasseurs de l’Antiquité utilisaient probablement des piques pour les empaler lors des charges, une méthode qui se révèle être à la fois ingénieuse et terriblement efficace.
Les pointes Clovis : des armes redoutables face aux mammouths et mastodontes
Vieilles de près de 13 000 ans, les pointes Clovis sont parmi les outils les plus emblématiques de la culture préhistorique nord-américaine. Découvertes pour la première fois près de la ville de Clovis au Nouveau-Mexique dans les années 1930, ces pointes de pierre sont réputées pour leur conception sophistiquée. Fabriquées à partir de roches dures comme le chert, le silex ou le jaspe, elles sont aplaties avec des bords festonnés qui pouvaient facilement percer la peau des animaux.
Les caractéristiques les plus distinctives de ces pointes sont les indentations cannelées à la base de chaque côté qui agissent comme des amortisseurs. Depuis leur découverte, les archéologues ont spéculé sur leur utilisation : certains pensaient que les chasseurs les montaient sur des hampes en bois pour créer des lances qu’ils lançaient sur leurs proies comme les mammouths. Cependant, cette théorie a été remise en question par ceux qui estimaient que les pointes étaient trop larges pour pénétrer suffisamment profondément et infliger des blessures mortelles à des animaux aussi massifs que les mammouths. Selon ces experts, les pointes Clovis auraient plutôt été utilisées comme couteaux pour découper la viande des carcasses.
Le problème est que le bois, le matériau utilisé pour les hampes, se désintègre rapidement avec le temps, ce qui signifie que les archéologues n’ont jamais trouvé de hampes en bois associées aux pointes Clovis. Seuls quelques fragments de hampes en os ont été découverts et ils suggèrent que les chasseurs attachaient ces pointes à des manches en bois pour fabriquer des armes. Mais alors, comment ces armes étaient-elles réellement utilisées ?

Une nouvelle hypothèse : des piques, pas des lances
Cette nouvelle étude, publiée dans la revue PLOS One, propose une hypothèse différente : les chasseurs ne lançaient pas leurs armes, mais les utilisaient comme des piques pour empaler les mammouths. Scott Byram, l’auteur principal de ces travaux, explique que cette technique était non seulement plus efficace, mais aussi plus sûre pour le chasseur.
En tenant les piques fermement ancrées contre le sol, les chasseurs utilisaient en effet la force de l’animal qui chargeait pour l’empaler, infligeant ainsi des blessures beaucoup plus profondes et graves que ne l’aurait fait une lance lancée. Cette méthode permettait de profiter de l’élan et de la masse de l’animal pour maximiser les dégâts tout en minimisant les risques pour les chasseurs qui restaient à distance.
Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont reconstitué une arme ancienne à l’aide d’une réplique de pointe Clovis, d’un long manche en pin et d’un moulage en résine d’un manche en os original. Ils ont mesuré la résistance de cette arme lorsqu’elle était utilisée comme une pique en simulant les forces exercées par un mammouth qui charge. Les résultats ont été frappants : l’arme pouvait résister à des forces équivalentes et même supérieures à celles d’un mammouth qui chargeait, ce qui prouve qu’elle pouvait pénétrer les tissus de l’animal.
Bien que la lance finisse par se briser lorsqu’elle heurtait un os, cette rupture ne se produisait qu’après avoir infligé une blessure mortelle. La façon dont l’arme se brisait, en se repliant entre le bois et l’os, élargissait aussi la plaie interne, ce qui causait ainsi des blessures similaires à celles infligées par les balles à pointe creuse modernes.
Ainsi, cette étude ne se contente pas de réviser nos connaissances sur les techniques de chasse anciennes; elle met également en lumière la capacité d’innovation et d’adaptation des premières sociétés humaines.
