chiens baby-talk
Crédits : Dmitry Belyaev/iStock

12 000 ans d’amitié : les liens entre chiens et humains tissés 2 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait

On dit souvent que le chien est le meilleur ami de l’homme, mais depuis quand est-ce vrai ?Une nouvelle étude menée par l’Université de l’Arizona et centrée sur des vestiges archéologiques découverts en Alaska éclaire d’un jour nouveau cette relation durable tissée entre humains et chiens. Elle suggère en effet que cette complicité remonterait à 12 000 ans en Amérique, soit 2 000 ans plus tôt qu’on ne le croyait jusqu’alors. Ces résultats, détaillés dans une étude publiée le 4 décembre dans la revue Science Advances, ajoutent un chapitre inédit à notre compréhension des interactions entre les peuples autochtones et les premiers ancêtres des chiens ainsi que les loups.

Un lien ancien entre chiens et humains

« Nous avons désormais des preuves que les canidés et les humains ont développé des relations étroites plus tôt que nous le pensions », estime Lanoë, professeur adjoint à l’École d’anthropologie de l’Université d’Arizona et principal chercheur de l’étude.

En 2018, le chercheur et son équipe mettaient au jour un tibia qui appartenait à un canidé adulte sur le site de Swan Point, en Alaska. La datation au radiocarbone révélait que cet individu vivait il y a environ 12 000 ans, soit à la fin de l’âge glaciaire. En juin 2023, les chercheurs ont aussi découvert une mâchoire d’un canidé vieux de 8 100 ans près de Hollembaek Hill, qui montrait des signes clairs de domestication.

os de la mâchoire de 8 100 ans découverte en alaska amitié chiens et humains
Os de mâchoire vieux de 8 100 ans. Crédits : Zach Smith

Du saumon, preuve que les humains donnaient des friandises à ces animaux

L’une des découvertes les plus fascinantes de l’étude réside dans les preuves de consommation de saumon dans le régime alimentaire des anciens canidés, révélées par des analyses chimiques qui montraient des niveaux significatifs de protéines de ce poisson. Or, les données indiquent que ces animaux chassaient presque exclusivement des proies terrestres.

Comme les canidés ne traquaient pas le saumon comme proie principale, leur dépendance envers les humains est l’explication la plus plausible de la présence d’isotopes signalant du saumon dans leurs os. « C’est une preuve irréfutable », affirme Ben Potter, archéologue à l’Université d’Alaska Fairbanks et co-auteur de l’étude. « Ils ne chassent pas le saumon seuls dans la nature. »

tibia vieux de 12 000 ans découvert en alaska amitié chiens et humains
Tibia vieux de 12 000 ans. Crédits : François Lanoë/École d’anthropologie de l’Université d’Arizona

Chiens ou loups ? Les chercheurs refusent de trancher.

L’étude fournit des preuves biologiques cohérentes avec les découvertes archéologiques. La présence d’outils associés à la pêche sur le campement ainsi que les ossements de canidés trouvés à proximité indique fortement une interaction humaine. « Je pense que nous pouvons affirmer que les animaux entretenaient de bonnes relations avec les humains », déclare François Lanoë. Les indices montrant que les humains contrôlaient au moins une partie de l’alimentation des animaux renforcent en tout cas cette hypothèse.

Cependant, les chercheurs hésitent à qualifier les os examinés de restes de chien domestiqué, et se montrent prudents quant à l’affirmation selon laquelle ces animaux seraient les premiers chiens domestiqués des Amériques. Bien que le comportement de ces canidés anciens suggère une forme de domestication, l’équipe se limite en effet à affirmer que le canidé de Swan Point illustre les premières relations étroites connues entre humains et canidés sur ce continent. Il est toutefois encore trop tôt pour déterminer s’il s’agit effectivement du premier chien domestiqué des Amériques.

Génétiquement, les spécimens de Swan Point et de Hollembaek Hill pourraient en outre être trop anciens pour être liés à d’autres populations canines connues ou plus récentes. Il est également possible qu’il s’agisse de loups apprivoisés plutôt que de chiens pleinement domestiqués. « Génétiquement, ils ne sont reliés à rien que nous connaissions », précise le chercheur. Au final, « cela soulève une question existentielle, qu’est-ce qu’un chien ? », questionne Ben Potter.

En tout cas la preuve d’une entente durable

Lorsqu’elle réfléchit à cette complicité millénaire, Evelynn Combs, membre de la communauté autochtone Healy Lake en Alaska et archéologue, déclare en tout cas avec émotion : « J’aime vraiment que nous puissions examiner les archives et constater qu’il y a des milliers d’années, nous avions déjà nos compagnons. »

Julie Durand

Rédigé par Julie Durand

Autrefois enseignante, j'aime toujours autant partager mes connaissances et mes passions avec les autres. Je suis notamment passionnée par la nature et les technologies, mais aussi intriguée par les mystères nichés dans notre Univers. Ce sont donc des thèmes que j'ai plaisir à explorer sur Sciencepost à travers les articles que je rédige, mais aussi ceux que je corrige.