empreinte dinosaure
Crédits : neenawat/istock

En Alaska, les traces des dinosaures dévoilent un environnement luxuriant et humide

La découverte importante de fossiles de dinosaures, de plantes et de troncs d’arbres dans le nord-ouest extrême de l’Alaska offre des perspectives inédites sur le climat et les mouvements de la faune à l’époque où ces géants préhistoriques commençaient à traverser entre les continents asiatique et nord-américain, il y a environ 100 millions d’années.

L’Alaska, un Miami préhistorique

La Formation de Nanushuk est une couche de roches sédimentaires située dans le nord central et occidental de l’Alaska. Datant du milieu du Crétacé, elle est révélatrice d’une époque où le pont terrestre de Béring commençait à émerger, facilitant ainsi les échanges fauniques entre l’Asie et l’Amérique du Nord.

Les travaux sur le terrain, qui se sont déroulés entre 2015 et 2017, ont été concentrés autour du bassin de Coke, une caractéristique géologique notable de la Formation de Nanushuk. Les chercheurs, parmi lesquels Paul McCarthy, professeur de géologie à l’Université d’Alaska Fairbanks, et Eric Orphys, étudiant diplômé, ont découvert environ 75 traces fossiles, témoins d’un riche écosystème fluvial ou deltaïque dominé par les dinosaures.

L’importance de cette découverte ne réside pas seulement dans l’identification des traces de pas des dinosaures, mais également dans la mise en évidence d’un climat exceptionnellement chaud et humide pour une latitude aussi élevée. En analysant les isotopes du carbone présents dans les échantillons de bois fossilisés, les chercheurs ont en effet estimé que la région recevait environ 1778 millimètres de précipitations par an, ce qui représente un climat comparable à celui de Miami aujourd’hui. Cette donnée soutient les modèles climatiques suggérant un Crétacé caractérisé par un maximum thermique, avec des températures globales nettement supérieures à celles que nous connaissons actuellement.

traces dinosaures Alaska
Une trace de théropode trouvée dans la roche, près de la rive ouest de la rivière Kukpowruk. Crédits : Anthony Fiorillo

La diversité fossile (dinosaures, oiseaux…) et le climat du crétacé

La diversité des fossiles trouvés dans la Formation de Nanushuk est également remarquable. Les empreintes de dinosaures bipèdes herbivores étaient les plus abondantes et constituaient 59 % du total des traces découvertes. Cette prédominance révèle des aspects précis de l’écosystème de l’époque, notamment en termes de disponibilité des ressources alimentaires et de structure de la chaîne alimentaire.

À côté de cela, les traces d’oiseaux, qui représentent 15 % des découvertes, indiquent un climat propice à la reproduction de nombreuses espèces, similaire à ce que l’on observe dans l’Arctique moderne pendant les mois d’été.

Cette recherche paléontologique ne fournit pas seulement des détails sur la faune du Crétacé. Elle jette également un éclairage sur les conditions climatiques de l’époque, offrant ainsi des perspectives précieuses pour comprendre les dynamiques actuelles du réchauffement climatique. Les auteurs de l’étude soulignent en effet l’importance de ces découvertes dans l’élaboration de modèles climatiques passés et présents, suggérant que les écosystèmes de hautes latitudes ont réagi de manière significative aux changements climatiques globaux.

Ainsi, la Formation de Nanushuk en Alaska se révèle être une fenêtre sur le passé qui offre une vue détaillée sur le monde des dinosaures et sur les conditions climatiques d’une Terre beaucoup plus chaude. Enfin, ces découvertes ne sont pas seulement fascinantes pour la communauté scientifique. Elles résonnent également avec les préoccupations actuelles sur le changement climatique, en rappelant que la Terre a connu des périodes de réchauffement bien avant l’ère industrielle.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Geosciences.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.