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Une étude confirme l’accélération de ce courant océanique majeur

Crédits : Alfred Wegener Institute.

Pour la première fois, des chercheurs ont démontré que le courant circumpolaire antarctique s’accélérait sous l’effet du réchauffement global. Jusqu’à présent, le peu de données disponibles empêchait toute conclusion solide. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature climate change le 29 novembre dernier.

La chaleur additionnelle piégée par les gaz à effet de serre que nous émettons sert essentiellement à chauffer les vastes étendues d’eau qui couvrent le globe. En effet, 90 % de cet excès d’énergie termine dans l’océan. Aussi, en tempérant l’amplitude des changements en surface, ce dernier joue un véritable rôle de thermostat planétaire.

L’océan austral fait le plein d’énergie

Les contributions des différents bassins au stockage de chaleur sont loin d’être homogènes. La plus grande partie prend par exemple place dans l’océan austral. Constamment brassée par les vents et les courants, cette gigantesque masse d’eau constitue un puits de chaleur particulièrement efficace. Or, des chercheurs ont récemment montré que cette absorption provoquait entre autres une accélération du courant circumpolaire antarctique, le seul au monde à faire le tour du globe.

Jusqu’à présent, les données empêchaient toute conclusion formelle, à la fois en raison de la rareté des observations avant les années 1990, mais aussi de l’importante variabilité naturelle propre à cet océan. Toutefois, grâce aux mesures satellitaires et aux nombreux profilages réalisés par les flotteurs Argo depuis le début des années 2000, les scientifiques ont désormais pu mettre en exergue de façon claire et précise la présence d’un changement dans la vitesse du courant circumpolaire et l’attribuer au réchauffement climatique dû à l’Homme.

courant circumpolaire antarctique
Vitesse des courants en surface. Le courant circumpolaire antarctique se démarque très nettement. Crédits : Alfred Wegener Institute.

Du lien entre contraste thermique et courant circumpolaire Antarctique

Au premier abord, on pourrait penser que l’accélération du courant est pilotée par celle des vents d’ouest qui ont également gagné en vitesse au cours des dernières décennies. Toutefois, les chercheurs expliquent que les vents n’ont qu’un effet de deuxième ordre sur la hausse du courant moyen. La raison principale est en fait à chercher dans la répartition spatiale de l’absorption de chaleur.

Comme cette dernière survient surtout du côté subtropical de l’océan austral, le contraste thermique avec le domaine subpolaire augmente. Or, comme l’eau occupe un volume d’autant plus grand qu’elle est chaude, la différence de hauteur entre les deux régions augmente. Les masses d’eau accélèrent donc du nord vers le sud et s’écoulent d’ouest en est à un rythme plus rapide sous l’effet de la rotation de la Terre.

« Le courant circumpolaire antarctique est principalement entraîné par le vent, mais nous montrons qu’étonnamment, les changements de sa vitesse sont principalement dus aux changements du gradient thermique », souligne Lynne Talley, coauteure du papier. « Cette accélération du courant circumpolaire antarctique, en particulier de son jet centré au front subantarctique, facilite l’échange de propriétés, telles que la chaleur ou le carbone, entre les bassins océaniques »,  ajoute Jia-Rui Shi, auteur principal de l’étude.

Avec la poursuite du réchauffement global, on s’attend à ce que le courant continue de gagner en vitesse, avec des implications encore mal évaluées pour la circulation océanique mondiale et la calotte polaire de l’Antarctique.