Vous croyez les aider, mais vous brisez leur carrière : la science alerte sur ce comportement parental « toxique »

C’est un réflexe naturel, presque viscéral : vouloir le meilleur pour son enfant, le guider, l’épauler et lui éviter les pièges de la vie, même une fois qu’il a soufflé ses vingt bougies. Pourtant, cette bienveillance pourrait être un cadeau empoisonné. Une nouvelle étude sociologique vient de mettre en lumière un paradoxe douloureux : les parents qui s’impliquent trop dans la vie de leurs enfants devenus adultes finissent, sans le vouloir, par saboter leur ascension professionnelle. L’amour étouffant serait-il le pire ennemi de la réussite ?

Quand le soutien devient un boulet

Jusqu’à présent, la littérature scientifique était unanime : un investissement parental fort durant l’enfance et l’adolescence est le socle de la réussite scolaire et émotionnelle. Devoir surveiller les devoirs, encourager les activités extrascolaires et offrir un cadre affectif stable sont des ingrédients clés pour construire un futur adulte équilibré.

Mais selon des chercheurs de l’Université d’État de Caroline du Nord, les règles du jeu changent radicalement une fois le cap de la majorité franchi. Ce qui était un moteur durant l’enfance devient un frein à l’âge adulte. L’équipe a découvert que les jeunes adultes dont les parents maintenaient un niveau d’implication très élevé — que ce soit par des conseils incessants, des prises de décision partagées ou une omniprésence dans les activités quotidiennes — finissaient par occuper des emplois au « prestige professionnel » inférieur à ceux de leurs camarades laissés plus libres.

Anna Manzoni, professeure de sociologie et auteure principale de l’étude, utilise une image forte : cette hyper-présence « entrave la capacité de l’enfant à prendre son envol ». En voulant trop bien faire, les parents coupent les ailes qu’ils ont mis des années à faire pousser.

Des résultats qui ont stupéfié les chercheurs

Pour arriver à cette conclusion, l’équipe a analysé les données de l’enquête nationale « Transition to Adulthood Supplement ». Ils ont suivi à la loupe le parcours de 2 680 Américains âgés de 18 à 28 ans sur une période de dix ans. L’objectif était de mesurer le lien entre le « capital social familial » (le soutien et les normes transmis par les parents) et la réussite professionnelle (le statut social et le revenu du métier exercé).

Les résultats ont été si contre-intuitifs que les chercheurs ont cru à une erreur. « Nous avons vérifié nos mesures à maintes reprises pour nous assurer de l’exactitude des résultats« , confie Anna Manzoni. Habituellement, le capital social est vu comme un atout. Or, ici, les données étaient formelles : les jeunes bénéficiant d’un capital social familial excessif (trop de liens, trop de conseils) avaient des carrières moins prestigieuses que ceux ayant des liens plus distants.

Tom Leppard, co-auteur de l’étude, résume la situation brutalement : « Une implication parentale excessive est associée à un impact négatif sur la réussite professionnelle des jeunes adultes ».

Crédit : grinvalds

L’impératif de l’indépendance

Pourquoi tant d’amour nuit-il à la carrière ? L’étude suggère que le début de l’âge adulte est une période critique où l’autonomie doit primer sur la sécurité. Pour réussir professionnellement, un jeune adulte doit apprendre à naviguer seul, à prendre des risques, à commettre ses propres erreurs et à développer son propre réseau, distinct de celui de sa famille.

Si les parents continuent de jouer les copilotes, voire de tenir le volant, le jeune adulte ne développe pas les compétences décisionnelles et la résilience nécessaires pour viser des postes à hautes responsabilités. Il reste dans une zone de confort, protégé, mais limité.

Le message des scientifiques est donc clair, bien que difficile à entendre pour des parents protecteurs : pour le bien de la carrière de votre enfant, il est temps de faire un pas de côté. Passer d’un rôle de « manager » omniprésent à celui de « consultant » disponible uniquement sur demande semble être la meilleure stratégie pour leur permettre, enfin, de réussir par eux-mêmes.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.