Même les volcans endormis influencent le climat (et plus qu’on ne le pensait)

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L’impact climatique des volcans endormis aurait été largement sous-estimé. C’est du moins ce que révèle une étude publiée dans la revue scientifique Geophysical Research Letters.

Nous savons depuis longtemps que les éruptions volcaniques ont un impact fort sur le climat, en particulier lorsque le panache pénètre dans la stratosphère, la couche d’atmosphère située entre vingt et soixante kilomètres d’altitude environ. À ce titre, le Pinatubo (Philippines) est un exemple emblématique. Entré en éruption en juin 1991, le volcan a propulsé un panache de cendres jusque dans la basse stratosphère et induit un refroidissement mondial de l’ordre de 0,5 °C pendant un à deux ans.

Des volcans pas si dormants

Toutefois, même lorsqu’ils sont endormis, les volcans influencent le climat. En effet, des gaz soufrés s’échappent souvent des cheminées et des failles, ce qui favorise la formation d’aérosols sulfatés, de petites particules de soufre qui réfléchissent efficacement le rayonnement solaire incident. Ce dégazage diffus contribue ainsi à maintenir le climat légèrement plus froid qu’il ne le serait en leur absence.

Or, après avoir étudié la distribution des isotopes du soufre dans une carotte de glace prélevée au centre du Groenland, des chercheurs ont découvert que cette influence à bas bruit était bien plus importante qu’on ne le pensait jusqu’à présent. « Nous avons constaté que sur de longues échelles de temps, la quantité d’aérosols sulfatés libérés lors du dégazage passif est beaucoup plus élevée que lors des éruptions », relate Ursula Jongebloed, auteure principale de l’étude. Les glaces analysées couvrent la période allant de 1200 à 1850.

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Le dégazage passif, source majeure de soufre pour l’atmosphère préindustrielle

À rebours de ce que les scientifiques pensaient au départ, il s’est avéré que la principale source de soufre pour l’atmosphère préindustrielle n’était pas le plancton marin, qui émet également des composés soufrés, mais les volcans. Par ce mécanisme d’émission diffus dont l’observation reste difficile, ils contribueraient jusqu’à deux fois plus à la charge atmosphérique en soufre (66 %) que le plancton marin (33 %).

Si l’on compare ces émissions diffuses aux rejets massifs mais ponctuels qui accompagnent les éruptions, l’écart est encore plus grand. « Sur des échelles de temps décennales, le dégazage passif libère au moins dix fois plus de soufre dans l’atmosphère que les éruptions, et cela pourrait être jusqu’à trente fois plus », rapporte la scientifique. Bien que les résultats concernent la région arctique, les chercheurs pensent qu’ils sont également pertinents à une échelle plus globale.

Cette découverte a des implications fortes puisque si l’atmosphère préindustrielle était plus riche en soufre, alors les émissions humaines d’aérosols masquent une plus petite fraction du réchauffement lié aux gaz à effet de serre que prévu. « Ce n’est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle pour le climat », note Ursula Jongebloed. « Mais si nous voulons comprendre à quel point le climat va se réchauffer, il est utile d’avoir de meilleures estimations pour les aérosols ».