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Avec Starliner, Boeing semble vraiment dans le dur

Crédits : Trevor Mahlmann

La NASA et Boeing travaillent de concert pour tenter un second vol test de la capsule Starliner qui n’avait pas pu rejoindre l’ISS lors son premier essai. Néanmoins, la fenêtre de lancement ne sera pas ouverte éternellement.

Boeing travaille depuis 2014 sur le développement de sa capsule Starliner dans le cadre d’un contrat commercial signé avec la NASA pour opérer des vols vers l’ISS (transports de fret et d’astronautes).

Longtemps habituée à travailler seule en s’appuyant sur des “chèques en blanc”, la société doit cette fois composer avec un prix fixe, forçant les responsables à surveiller les éventuels dépassements, tout en faisant face à la concurrence de SpaceX, également signataire d’un même contrat. Finalement, Boeing a réussi son pari et a proposé son vaisseau à temps.

De son côté, SpaceX avait déjà tenté et passé avec succès un test en vol sans équipage de son vaisseau Crew Dragon, mais avait ensuite échoué lors d’un test au sol (avril 2019). Aussi, en relevant ce premier vol test avec la NASA, Boeing pourrait probablement lancer un premier vol habité à destination de l’ISS quelques mois plus tard, se donnant ainsi les moyens de faire jeu égal avec SpaceX dans le cadre de ce contrat, et pourquoi pas passer devant ?

En décembre 2019, enfin prête pour son premier vol, la branche spatiale de Boeing avait également une chance de sauver une année noire marquée par le crash d’un 737 MAX, qui avait coûté quelques mois plus tôt la vie des 149 passagers et huit membres d’équipage présents à bord.

Accumulation de problèmes techniques

Ces espoirs se sont finalement envolés. La fusée Atlas V, au-dessus de laquelle était coiffée la capsule Starliner, a bel et bien décollé et a parfaitement exécuté son vol. Malheureusement, le vaisseau a rapidement fait face à un problème de logiciel dès son entrée dans l’espace, entraînant ce que la NASA appelle une off-nominal insertion. Autrement dit, la capsule s’est placée sur la mauvaise orbite, l’amenant à brûler un excédent de carburant. De ce fait, le vaisseau n’a pas pu rejoindre l’ISS comme il devait le faire. Un peu plus tard, d’autres défaillances de logiciels ont été relevées.

En mars 2020, un rapport examinant les raisons de cet échec a finalement listé environ plus de quatre-vingts correctifs à apporter. Et depuis, Boeing a travaillé dessus.

Les petits pépins corrigés, la société s’était enfin préparée pour une seconde mission sans équipage prévue le 30 juillet dernier. Mais là encore, la technique en a décidé autrement. Ce lancement a en effet été décalé une première fois au 3 août en raison d’un incident survenu avec le module russe Nauka, qui vient de s’amarrer avec l’ISS, avant d’être de nouveau reporté en raison d’un problème avec une vanne dans le système de contrôle de réaction du vaisseau qui aide normalement le véhicule à manœuvrer dans l’espace.

Depuis, les ingénieurs de Boeing et de la NASA travaillent sur le problème, repoussant inévitablement la date du prochain lancement, pour l’heure indéterminée.

Nous allons laisser les données guider notre travail“, a déclaré John Vollmer, vice-président du programme d’équipage commercial de Boeing. “Notre équipe a travaillé avec diligence pour assurer la sécurité et le succès de cette mission, et nous ne lancerons pas tant que notre véhicule ne fonctionnera pas nominalement et que nos équipes ne seront pas convaincues qu’il est prêt à voler“.

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Illustration de la capsule Starliner. Crédits : Boeing

Embouteillage

Cependant, il y a un autre paramètre à prendre en compte : les ingénieurs de Boeing ont encore quelques jours devant eux pour tenter de régler le problème avant que la fenêtre de lancement ne se ferme.

En effet, la mission CRS-23 de SpaceX, qui doit approvisionner l’ISS, doit être lancée le 28 août prochain. Or, il n’y a que deux ports d’amarrage disponibles pour ce type de missions sur la station. Actuellement, l’un est occupé par une autre Crew Dragon, tandis que la capsule CRS-23 occupera le second. Selon le calendrier actuel de la NASA, le CRS-23 doit quitter la station spatiale le 30 septembre. Dans ce cas, Starliner pourrait donc profiter d’une ouverture en octobre. Mais il y a un autre “hic”.

En effet, la NASA doit lancer sa mission Lucy qui partira à l’assaut des Troyens de Jupiter au cours d’une fenêtre de lancement de 21 jours s’ouvrant à la mi-octobre. Or, cette mission volera également sur une fusée Atlas V, de United Launch Alliance. Et ULA se réserve un minimum de deux ou trois semaines entre chaque lancement. Aussi, même si Starliner était lancée le 1er octobre, la capsule “mangera” probablement du temps sur la fenêtre de lancement de Lucy. Or il semble plus probable que la NASA donne la priorité à cette mission.

En conclusion, si Boeing ne parvient pas à lancer Starliner au cours de ces prochains jours, la mission pourrait (encore) faire face à de longs retards. Et pendant ce temps, SpaceX poursuit sa route.