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Dans quelle mesure le vol de Blue Origin va-t-il polluer la planète ?

Le lanceur New Shepard de Blue Origin censé emmener des touristes dans l'espace. Crédits : Blue Origin

Blue Origin, Virgin Galactic… Au-delà de la prouesse technologique, envoyer des touristes dans l’espace pose aussi des questions environnementales, surtout dans le contexte actuel. Concernant le vol qui nous intéresse aujourd’hui, dans quelle mesure le lanceur de Blue Origin va-t-il polluer la planète ?

Le premier vol commercial du lanceur New Shepard, développé par la société de Jeff Bezos Blue Origin, est prévu pour ce mardi 20 juillet 2021 à 15h (heure française). Ce vol interviendra neuf jours après celui de Sir Richard Branson et son équipage à bord du VSS Unity, proposé par la société Virgin Galactic.

Au cours des semaines précédentes, de nombreuses personnes se sont préoccupées de l’empreinte carbone de ces vols, et plus globalement de cette industrie naissante. Naturellement, nous manquons encore de recul pour pouvoir l’évaluer. Dans un premier temps, il s’agira de le faire au cas par cas.

Concernant le vol d’aujourd’hui, quelle quantité de pollution Jeff Bezos et son équipage vont-ils générer pour s’envoler dans l’espace ?

Un vol relativement “propre”

Il convient de noter que la fusée New Shepard de Blue Origin devrait être l’un des lanceurs les plus “propres” du marché. Il combine en effet de l’hydrogène liquide et de l’oxygène liquide (LOX) dans son moteur pour générer une poussée, ce qui signifie que “les principales émissions seront de l’eau et quelques produits de combustion mineurs, et pratiquement aucun CO2“, résume ainsi à Livescience Darin Toohey, spécialiste de l’atmosphère à l’Université du Colorado à Boulder.

La présence d’eau dans les gaz d’échappement du lanceur pourrait également augmenter la densité nuageuse dans l’atmosphère, y compris les nuages ​​​​irisés en “nacre” souvent visibles au coucher du soleil après un lancement“, ajoute le chercheur.

Rappelons toutefois que la vapeur d’eau est un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2 et plus cette vapeur restera longtemps dans les couches supérieures de l’atmosphère (mésosphère et ionosphère), plus elle réchauffera la Terre. Le New Shepard de Blue Origin coupera cependant son moteur relativement tôt durant le vol. Il ne devrait donc pas y avoir de problème de ce côté-là. D’ailleurs, le nombre de lancements de fusées étant aujourd’hui encore très faible, ces données ne sont pas préoccupantes dans les modélisations du climat.

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Crédits : Blue Origin

Des vols multipliés à l’avenir

À l’avenir en revanche, le rythme de lancements devrait normalement accélérer, avec plusieurs acteurs se disputant un marché très juteux. C’est pourquoi davantage d’études devront être menées sur l’impact potentiel de tels vols dans le futur.

De manière plus globale, la pollution par le CO2 générée par les vols spatiaux est encore négligeable. Ces tirs représentaient en effet environ 0,0000059 % de toutes les émissions de CO2 en 2018, selon Everyday Astronaut, contre environ 2,4 % des émissions mondiales de CO2 pour l’industrie du transport aérien.

Pour le chercheur, la principale préoccupation inhérente à ces vols de fusées est les petites particules telles que la suie et les oxydes d’aluminium. “Ceux-ci peuvent avoir un impact disproportionné sur l’atmosphère. Une très petite quantité peut faire une grande différence“. Le moteur du New Shephard ne produit pas beaucoup de ces particules, mais d’autres pourraient potentiellement en produire énormément à l’avenir.

Pour vous donner une idée, une étude publiée en 2010 sur les effets de la suie injectée dans l’atmosphère à partir de mille vols suborbitaux privés par an avait à l’époque suggéré qu’ils pouvaient augmenter les températures au-dessus des pôles de 1 °C et réduire les niveaux de glace de mer polaire de 5% à 15%.