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Voici comment la température de l’Atlantique nord évolue depuis 3000 ans

Crédits : earth.nullschool.net.

Comment la température de surface de l’Atlantique nord a-t-elle fluctué au cours des 3000 dernières années ? Une équipe de chercheurs a récemment fourni la réponse grâce à l’analyse détaillée de sédiments lacustres. Des résultats sans précédent publiés dans la revue scientifique PNAS ce 12 octobre.

Plus de 90 % de la chaleur piégée dans le système climatique par les gaz à effet de serre émis par l’Homme sert à chauffer l’océan. Ainsi, ce dernier agit comme une sorte de thermostat qui décale dans le temps la réponse climatique et en limite sa rapidité. Mais il engage par la même occasion le futur de manière forte, empêchant un retour en arrière facile. Aussi, comprendre à quel point l’océan se réchauffe et comment sa variabilité interne s’articule sont des thèmes de recherche actifs.

Près de 3000 ans de données…

Récemment, des scientifiques ont pu reconstruire les variations de la température de surface dans l’Atlantique nord en été au cours des 3000 dernières années. Et ce, avec une résolution temporelle sans précédent. Un progrès énorme qui montre entre autres que la période la plus chaude de l’intervalle couvre les dix années les plus récentes. A contrario, la phase la plus froide se situe entre 1400 et 1600 après J.C., au moment du petit âge de glace. « Notre jeu de données unique (…) permettra aux climatologues de mieux comprendre les mécanismes derrière les changements à long terme du comportement de l’océan Atlantique » note Pierre Francus, un des co-auteurs de l’étude.

Variation relative de température dans dans l’atlantique nord en été (exprimée via un indice de variabilité, AMV) au cours des 2900 dernières années. La courbe rouge est une moyenne glissante sur 30 ans. En outre, le graphique rapporte diverses époques historiques. Enfin, notez l’ampleur du réchauffement contemporain (CWP). Crédits : Francois Lapointe & al. 2020.

… enregistrés dans des sédiments nord-canadiens

Pour produire cette série, les chercheurs ont analysé des couches de sédiments lacustres accumulées au nord de l’île d’Ellesmere, dans l’Arctique canadien. En mesurant la taille des particules constitutives et leur concentration en titane, il a en effet été possible de remonter à des variables comme la température ou la pression. Cependant, comment ces conditions locales sont-elles reliées aux variations dans le nord-atlantique ? La réponse tient au fait que les fluctuations climatiques entre les deux régions sont très corrélées.

Plus précisément, lorsque le nord du bassin atlantique est anormalement froid, un système de basses pressions domine entre le Groenland et le Canada. Ce faisant, la glace et la neige d’été fondent moins ce qui à son tour rend les grains sédimentaires plus fins et augmente leur concentration en titane – issu de l’altération des roches. La relation s’inverse lorsque l’Atlantique nord devient anormalement chaud. Cette corrélation est en fait l’expression d’un mode de variabilité que l’on appelle communément l’Oscillation Atlantique Multi-décennale.

« En utilisant ces liens solides, il a été possible de reconstituer les variations des températures de surface de l’Atlantique au cours des 2900 dernières années. Cela en fait l’enregistrement le plus long actuellement disponible » explique Francois Lapointe, auteur principal du papier.

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