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Visualisez l’altération des saisons grâce à cette infographie

Changement dans la durée et la date de début des différentes saisons entre 1952 et 2100. Crédits : AGU/ Geophysical Research Letters.

Depuis quelques décennies, les saisons qui dessinent le paysage météorologique des latitudes tempérées connaissent une altération notable. Avec la poursuite du changement climatique au rythme actuel, c’est une mutation bien plus profonde qui se profile désormais. C’est en tout cas ce que révèlent les résultats d’une nouvelle étude parue dans la revue scientifique Geophysical Research Letters

De nombreux mécanismes saisonniers sont déjà durement impactés par le réchauffement climatique. Les changements les plus frappants concernent probablement ceux du monde vivant. Citons par exemple l’évolution de la phénologie des végétaux ou encore celle des dates de migration des oiseaux et des insectes.

Ces modulations sont très préoccupantes car les écosystèmes se comportent comme des unités fonctionnelles. Or, les perturbations climatiques affectent les espèces qui les constituent de façon multiples. Aussi, les relations entre organismes se dérégulent, causant une altération plus ou moins profonde du fonctionnement des communautés écologiques. Des bouleversements qui finissent par affecter de près ou de loin nos vies – un exemple simple étant l’allongement de la saison des pollens.

N’y a-t-il vraiment plus de saisons ? 

Une étude parue le 19 février dernier a abordé la question de l’évolution des saisons sous un angle jusqu’à présent inexploré. En effet, les auteurs ont évalué la façon dont les quatre saisons des latitudes tempérées de l’hémisphère nord (30° N – 60° N) ont changé et changeront d’ici à la fin du siècle.

Tendance dans la durée (gauche) et le début des saisons. Le printemps (a, e), l’été (b, f), l’automne (c, g) et l’hiver (d, h) montre des changements cohérents avec le réchauffement global. Crédits : Jiamin Wang & al. 2021.

Le printemps, l’été, l’automne et l’hiver ont été définis sur la période 1952-2011 selon des seuils de température. L’hiver a été calculé comme le 25e centile de la distribution des températures annuelles et l’été comme le 75e centile. Les saisons de printemps et d’automne ont été déduites en fonction des deux premières. Ainsi, les chercheurs disposaient d’une référence pour évaluer les changements de longueur et de commencement des quatre entités précitées.

Pour l’évolution passée (1952-2011), les résultats révèlent un allongement de la saison chaude et une contraction de la saison froide. Plus précisément, l’été est passé de 78 à 95 jours et l’hiver de 76 à 73 jours. Quant aux intersaisons, elles se sont toutes les deux réduites. Les auteurs ont trouvé une durée passant de 124 à 115 jours pour le printemps et de 87 à 82 jours pour l’automne. On constate de fait une transition vers un schéma bi-saisonnier marqué par une période chaude étendue, une période froide relativement courte et des transitions plus rapides entre les deux. Enfin, le printemps et l’été débutent plus tôt tandis que l’automne et l’hiver arrivent plus tard. Des travaux qui permettent d’objectiver et de quantifier un sentiment général vécu à l’échelle de l’hémisphère.

Climat : 6 mois d’été d’ici à 2100

Pour anticiper l’avenir, les chercheurs ont utilisé des modèles climatiques du projet CMIP en prescrivant une poursuite du réchauffement au rythme actuel. Ce faisant, ils ont trouvé que dans un tel scénario, l’été durerait près de la moitié de l’année. A contrario, l’hiver s’étendrait sur moins de deux mois. Il va sans dire qu’une telle horloge saisonnière aurait des impacts environnementaux, socio-économiques et sanitaires majeurs.

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Représentation schématique de la durée et date de début des quatre saisons en 1952, 2011, 2050 et 2100. L’été est en ocre, l’hiver en turquoise et les saisons intermédiaires en blanc (feuille verte pour le printemps, brune pour l’automne). Enfin, les mois sont indiqués en marge des cercles. Crédits : Jiamin Wang & al. 2021.

« De nombreuses études ont déjà montré que les changements dans les saisons entraînent des risques importants pour l’environnement et la santé », note Jiamin Wang, coauteur du papier. « Il est difficile de conceptualiser une augmentation de la température de 2 ou 5 degrés en moyenne globale », ajoute Scott Sheridan, climatologue n’ayant pas participé à l’étude. « Mais je pense que le fait de réaliser que ces changements entraîneront des décalages de saisons potentiellement dramatiques a probablement un impact beaucoup plus grand sur la façon dont vous percevez ce que fait le changement climatique ».

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