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Un virus a-t-il tué le premier receveur d’un cœur de porc transplanté ?

Crédits : deborabalves/Pixabay

En début d’année, des chirurgiens américains annonçaient avoir effectué la première greffe réussie d’un cœur de porc génétiquement modifié chez un humain. Malheureusement, le patient est mort deux mois plus tard. D’après de récentes analyses, un virus porcin est probablement à l’origine de ce décès.

Une grande première entachée

Touché par une maladie cardiaque incurable, David Bennett, 57 ans, avait été jugé inéligible pour une transplantation cardiaque conventionnelle. En dernier recours, l’équipe du centre médical de l’Université du Maryland où il était admis avait tenté une transplantation cardiaque porcine en janvier dernier. La procédure avait été autorisée à titre exceptionnel par la Food and Drug Administration (FDA) en raison de l’absence d’autres options thérapeutiques.

Certaines personnes ont déjà reçu des valves cardiaques porcines en remplacement. Cependant, greffer un cœur entier n’avait jamais été tenté. Pour opérer, le Dr Bartley P. Griffith, de la faculté de médecine du Maryland, avait fait équipe avec le Dr Muhammad M. Mohuiddin, créateur du Cardiac Xenotransplantation Program. Ils ont utilisé un cœur génétiquement modifié développé par l’entreprise de médecine régénérative Revivicorn basée à Blacksburg.

Dans le détail, l’animal avait évolué avec une dizaine de modifications génétiques. Quatre gènes avaient été désactivés, dont un qui code pour une molécule provoquant une réponse agressive de rejet chez les humains. Un gène de croissance a également été inactivé pour empêcher le cœur du porc de continuer à croître après son implantation. Enfin, six gènes humains avaient été intégrés dans le génome du porc donneur de manière à rendre l’organe plus tolérable pour le système immunitaire.

La procédure s’était bien déroulée dans l’ensemble. Le cœur battait fort et le patient semblait se rétablir au cours du premier mois (une étape critique pour les personnes transplantées). Cependant, alors qu’il était encore hospitalisé, son état a rapidement empiré début mars. Le patient est finalement décédé en mars, environ deux mois après l’opération.

coeur porc virus
Crédits : École de médecine de l’Université du Maryland

Un décès évitable ?

Après plusieurs semaines d’analyses, l’équipe médicale pense désormais que le cytomégalovirus porcin a probablement joué un rôle clé dans ce décès. Elle avait en effet trouvé des preuves de cytomégalovirus porcin dans le système du patient dès vingt jours après l’opération. Cependant, étant donné que les niveaux détectés étaient très bas et que le porc était garanti sans virus, les médecins ont d’abord pensé qu’il pouvait s’agir d’une erreur de test. Des semaines plus tard, une biopsie du cœur post-mortem a finalement montré que l’organe était endommagé, probablement par une infection.

Bien que le cytomégalovirus porcin soit incapable d’infecter les cellules humaines, il pourrait avoir causé des complications avec le cœur lui-même et déclenché une réponse immunitaire dangereuse.

Cette découverte aura évidemment des implications importantes pour l’avenir des greffes interespèces (xénotransplantation). Des questions éthiques seront également de nouveau posées dans la mesure où la transplantation d’un organe infecté aurait dû normalement être facilement évitée.