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Pourquoi le violon a-t-il des ouïes en forme de f ?

Crédits : Pixabay/Pexels

Caractéristiques des violons, les ouïes en forme de f sont loin d’être un hommage à François Ier, illustre client du luthier italien Amatine… En réalité ce « f » relève plutôt d’un accident qu’une découpe préméditée. C’est ce que révèle une étude de 2015 conduite par Nicholas Makris et ses collègues du MIT et parue dans la revue Proceedings of the Royal Society.

Les chercheurs se sont aperçus qu’entre le Xe siècle et le XVIIIe siècle, les ouvertures dans la table des violons ont évolué, passant de simples cercles à la forme plus complexe et allongée du f.  «La forme en f des ouïes, distinctive des violons, n’est pas le résultat de l’ingéniosité humaine, mais celui d’une séries de mutations aléatoires», soulève The Christian Science Monitor. En effet, couper dans du bois n’est pas une activité très précise comme l’atteste Nicholas Makris cité par The CSMonitor. «Si vous essayez de dupliquer une ouïe, vous commettrez toujours une petite erreur, de 2% par rapport au plan initial ». Ce sont donc de petites erreurs répétées qui ont ainsi graduellement allongé les ouvertures des violons. « La forme des ouïes a ainsi évolué progressivement d’un simple cercle à un demi-cercle, à une forme de C qui, à force de s’allonger, est devenue le f caractéristique du violon », décrit Marie-Christine de La Souchère, auteure du livre Les Sciences et L’art.

De plus, cette ouverture a significativement et conjointement parfait leur tonalité et amplifié leur son. « Plus les ouvertures en forme de f, présentes sur la table du violon et par lesquelles l’air s’échappe, sont allongées, plus le débit d’air est important », explique l’écrivaine. «La forme finale (en f) avait deux fois la puissance acoustique des trous circulaires», ajoute The Economist. La forme allongée s’est donc révélée plus performante que les ouvertures arrondies des ancêtres de l’instrument comme les lyres. L’amplification du son ne dépend ainsi pas de l’aire des ouïes mais de la longueur de leur pourtour.

C’est en analysant 470 violons produits par les dynasties de luthiers Amati, Stradivari et Guarneri entre les années 1560 et 1750 que les chercheurs ont pu observer que le changement délibéré n’intervient qu’à la fin de la période. Avant cela, on ignorait dans quelle mesure les luthiers étaient conscients qu’en commettant d’infimes changements ils amélioraient progressivement le son et le volume de leurs instruments. Selon Nicholas Makris, «ils devaient écouter, choisir les éléments les plus efficaces, et sélectionner les bons instruments à reproduire. Nous ne pouvons pas dire s’ils avaient compris: « Oh, nous devons rendre les ouïes plus fines ». Mais ils savaient quel instrument était le meilleur à dupliquer».

Sources : Slate, ScienceEtAvenir