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Les Vikings étaient aux Amériques il y a précisément 1 000 ans

Une reconstruction d'une église de l'époque viking à Norstead, Terre-Neuve, près de L'Anse aux Meadows, site d'une colonie de Vikings présents en 1021. Crédits : Glenn Nagel

En s’appuyant sur l’analyse des cernes de plusieurs morceaux de bois (et sur un peu d’astrophysique), une équipe de scientifiques détermine aujourd’hui que les premiers Vikings étaient déjà présents dans la région de Terre-Neuve en 1021, soit il y a exactement mille ans. Les détails de l’étude sont publiés dans Nature.

Que les Vikings aient atteint les Amériques avant que les explorateurs européens dirigés par Christophe Colomb ne les « découvrent » officiellement n’est pas nouveau. Jusqu’à présent, nous savions que ces explorateurs scandinaves s’étaient en effet installés dès le premier millénaire av. J.-C. sur un site connu sous le nom de L’Anse aux Meadows, dans ce qui est aujourd’hui la péninsule de Terre-Neuve. En revanche, on ignorait encore la date précise. C’est désormais chose faite.

Dendrochronologie

Il y a soixante ans, un couple d’archéologues tombait sur les vestiges en bois d’une colonie, sur la pointe nord balayée par les vents de Terre-Neuve. Au premier regard, huit structures se dessinaient et toutes ressemblaient à des bâtiments vikings déjà identifiés au Groenland. Les chercheurs étaient également tombés sur quelques artéfacts, dont une épingle de cape en bronze, visiblement de style nordique.

Les scientifiques pensaient alors que ce site, connu sous le nom de L’Anse aux Meadows, était fréquenté par des Vikings venus du Groenland. Mais quand le site a-t-il été occupé en premier lieu ?

Dans le cadre de travaux récents, une équipe de géo-scientifiques de l’Université de Groningue (Pays-Bas), dirigée par Michael Dee, s’est penchée sur l’analyse de trois morceaux de bois collectés sur le site dans les années 1970, chacun provenant d’un arbre différent et proprement coupé avec un outil en métal (sans doute une hache).

En laboratoire, les chercheurs ont coupé une petite quantité de bois au scalpel dans chaque anneau de chaque pièce. En travaillant ces échantillons (chacun représentant une année de croissance des arbres), l’équipe a ensuite isolé les restes de carbone atmosphérique piégé à l’intérieur.

Pour rappel, la grande majorité du carbone dans l’atmosphère est du carbone 12 (un atome stable, six protons et six neutrons). On trouve également du carbone 14 radioactif (ou radiocarbone) en moindres quantités. Cet isotope du carbone est produit lorsque les rayons cosmiques interagissent avec les atomes de l’atmosphère terrestre.

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Image au microscope de l’un des fragments de bois examinés. Crédits : Petra Colombe

Événement Miyake

Le rapport du carbone 14 au carbone 12 dans l’atmosphère reste généralement constant au fil du temps, mais il arrive parfois que les proportions soient chamboulées. En 2012, des chercheurs ont en effet enregistré des niveaux inexplicablement élevés de radiocarbone dans leurs anneaux datant de 774 à 775 apr. J.-C. dans deux cèdres au Japon. Ce pic est désormais connu comme un événement Miyake (du nom de son découvreur, Fusa Miyake).

Même s’ils sont rares, d’autres événements de ce type ont depuis été enregistrés dans les enregistrements des cernes des arbres, et l’un d’entre eux s’est produit pendant l’ère viking, entre 992 et 993. En d’autres termes, tous les arbres du monde enregistrent normalement une augmentation du carbone 14 à cette époque. Les chercheurs se sont donc appuyés sur cette information pour déterminer en quelle année ces morceaux de bois avaient été coupés.

L’équipe a découvert que leurs trois morceaux de bois présentaient tous une augmentation prononcée du radiocarbone dès l’anneau 28 avant leur écorce externe. Cet anneau doit ainsi correspondre à l’année 993 apr. J.-C.. « Dès lors, tout ce que nous avions à faire était de compter jusqu’à atteindre la pointe« , souligne le Dr Dee. Résultat : les trois morceaux de bois analysés par l’équipe ont tous été abattus en 1021.

Ainsi, les Vikings étaient déjà présents aux Amériques il y a au moins mille ans. Cette découverte marque un nouveau tournant dans l’histoire des mouvements humains autour de la planète. Néanmoins, d’autres questions se posent encore : étaient-ils déjà présents avant ? Et si oui, quand sont-ils arrivés précisément ? Qui étaient-ils ? Et où sont-ils allés ensuite ?