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Une vie sans eau est-elle possible sur Titan, la lune de Saturne ?

Crédits : NASA / JPL-Caltech / Space Science Institute

Les chercheurs de la NASA ont confirmé l’existence de cyanure de vinyle – aussi appelé acrylonitrile – dans l’atmosphère de ce satellite. Ce composé organique pourrait potentiellement former les membranes cellulaires de la vie microbienne dans les vastes océans de méthane qui s’y trouvent.

Les membranes cellulaires terrestres sont constituées de phospholipides : des chaînes moléculaires avec des têtes phosphore-oxygène et des queues de chaînes carbonées, qui se lient les unes aux autres pour former une membrane flexible dans l’eau. Si elle existait, la vie à base de méthane aurait besoin donc d’une alternative à l’existence basée sur les phospholipides. Et il s’avère justement que le cyanure de vinyle fait partie de ces possibilités.

La sonde spatiale Cassini a dans un premier temps déduit la présence du composé sur la lune de Saturne grâce à son spectromètre de masse. Mais il a fallu le regard hautement sensible de l’ALMA, posté dans le désert du Chili, pour confirmer sa présence, avec des concentrations plus élevées dans les zones au-dessus du pôle sud de Titan. Dans les basses températures sur Titan, qui atteignent -179 °C, les molécules organiques présentes dans l’atmosphère forment des gouttelettes qui pleuvent pour remplir les lacs de méthane, dans un cycle météorologique similaire à celui du cycle de l’eau sur la Terre. En ces lieux il pourrait alors se former une vie simple et microscopique.

Maureen Palmer, chercheuse au Goddard Space Flight Center de la NASA à Greenbelt dans le Maryland, a par ailleurs mené des études de modélisation sur ce sujet. Elle a ainsi montré qu’il y avait assez de cyanure de vinyle à Ligeia Mare – le lac nordique de Titan – pour former environ 10 millions de cellules par centimètre cube, environ 10 fois plus que le nombre de bactéries présentes dans les océans côtiers.

Le cyanure de vinyle n’est pas forcément synonyme de vie. De même, le phosphore et l’oxygène, présents dans les membranes des cellules terrestres n’existent pas dans les océans glacials du méthane de Titan. Donc, toute membrane cellulaire devrait être à base d’azote, d’hydrogène et de carbone, qui sont – surprise – abondants sur Titan. Des études de modélisation de molécules contenant ces éléments ont montré que le cyanure de vinyle était la molécule la plus susceptible de former une membrane stable et flexible, qui agit comme des membranes terrestres dans les conditions retrouvées sur Titan.

Les mystères de Titan sont encore très profonds, d’où l’intérêt de poursuivre les recherches. Il pourrait en effet y avoir de la vie sur Titan, mais sous une forme totalement différente de la nôtre, basée sur une chimie très complexe. En ce sens, la NASA propose d’utiliser une sorte de drone quadricoptère baptisé dragonfly (libellule). Dans l’atmosphère de Titan, cette solution permettrait d’étendre considérablement la capacité d’exploration. L’objectif serait ici de faire la lumière sur son environnement mystérieux qui présente non seulement un cycle de méthane similaire au cycle de l’eau ici sur Terre, mais également une chimie prébiotique et organique.

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