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Sans le savoir, vous pourriez nourrir votre chat avec du requin

Crédits : sweetlouise/Pixabay

Une nouvelle étude publiée dans la revue Frontiers in Marine Science révèle que près d’un tiers des produits alimentaires pour animaux de compagnie à Singapour contiennent de la viande de requin, dont certains sont menacés. Et ce n’est pas une première.

La demande mondiale de produits de requins, tels que les ailerons, l’huile de foie et la viande, a provoqué un déclin précipité des populations (-71 % depuis 1970, avec une multiplication par dix-huit des efforts de pêche). En conséquence, les trois quarts de toutes les espèces océaniques sont désormais considérées comme menacées d’extinction.

Un autre contributeur à ces déclins est le mauvais étiquetage des produits de la mer, qu’il soit délibéré ou accidentel. Cette pratique implique généralement la substitution d’un produit de faible valeur à un produit de valeur supérieure pour augmenter le gain économique. L’utilisation de termes génériques fourre-tout tels que « poisson« , « poisson de mer » ou « poisson blanc » devient de plus en plus courante, empêchant finalement le consommateur de prendre des décisions éclairées. C’est notamment le cas pour les aliments pour animaux de compagnie.

Identifier les espèces par l’ADN

Le code-barres ADN officiel pour l’identification des espèces animales dans les aliments est un fragment du gène mitochondrial codant pour la cytochrome c oxydase 1 (COI). Cependant, les produits en conserve vendus pour la consommation sont généralement hautement transformés pour éviter les risques pour la santé. Les aliments pour animaux de compagnie sont par exemple traités thermiquement pour améliorer la sécurité et la durée de conservation grâce à la destruction des spores fongiques et des bactéries. Or, ces processus détruisent ou dégradent l’ADN qui, de fait, devient inutilisable dans l’identification moléculaire des espèces contenues à l’intérieur.

Pour contourner ces défis, un certain nombre de techniques ont été développées pour n’utiliser qu’un petit fragment du gène original. Un mini-code-barres spécifique aux requins a également été développé pour permettre l’amplification de l’ADN à partir d’échantillons difficiles ou dégradés. Ces fragments plus courts peuvent désormais être utilisés pour identifier la présence d’espèces dans des produits et des échantillons hautement transformés.

Des travaux antérieurs ont déjà appliqué ces techniques pour examiner la présence de requins dans des échantillons d’aliments pour animaux de compagnie et autres cosmétiques prélevés aux États-Unis. Dans le cadre d’une nouvelle étude, des chercheurs se sont appuyés sur cette approche de « mini-code-barres ADN » pour enquêter sur la présence de viande de requin dans une variété de produits alimentaires pour animaux de compagnie achetés à Singapour.

requin raies
Crédits : baechi/Pixabay

Un tiers des échantillons concernés

Au total, quarante-cinq produits ont été achetés auprès de seize marques. La plupart utilisaient les termes génériques « poisson« , « poisson de mer« , « appât blanc » ou « poisson blanc » dans la liste des ingrédients pour décrire leur contenu. Certains mentionnaient spécifiquement « thon » ou « saumon« , mais aucun ne mentionnait spécifiquement les requins sur la liste des ingrédients.

Les chercheurs ont alors fait une découverte alarmante : près d’un tiers des produits analysés contenait de la viande de requin, y compris d’espèces vulnérables et menacées comme le requin soyeux et le requin de récif à pointes blanches. Le requin le plus communément identifié était le requin bleu (Prionace glauca). Cette espèce n’est pas classée comme menacée par l’UICN. En revanche, des preuves scientifiques suggèrent qu’elle est surexploitée et devrait voir ses captures réglementées.

Comment expliquer la présence de ces requins dans ces conserves ? « Nous ne savons pas si la forte incidence de ces espèces dans les aliments pour animaux de compagnie est une tentative d’éviter le gaspillage du commerce des ailerons de requins, où les ailerons de grande valeur sont conservés et les carcasses de faible valeur sont jetées. Si tel est le cas, cela peut être louable« , note l’étude. « Cependant, nous doutons que ce soit la seule raison. »

Pour les chercheurs, la majorité des propriétaires d’animaux, qui sont probablement des amoureux de la nature, seraient alarmés de découvrir qu’ils pourraient sans le savoir contribuer à la surpêche des populations de requins. Ils prônent donc un meilleur étiquetage évitant la terminologie vague fourre-tout actuellement utilisée pour permettre aux consommateurs de faire des choix plus éclairés. Cela profiterait également aux populations de requins en aidant à atténuer la pêche non durable.