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Les vents dans la Grande Tache rouge de Jupiter s’accélèrent

le point rouge de Jupiter centre de pertubations atmospherique. Credits : NASA/JPL-Caltech/SwRI/MSSS/Gerald Eichstädt /Seán Doran

Les vents dans la “voie” la plus externe de la Grande Tache rouge de Jupiter s’accélèrent, révèlent onze années d’observations de Hubble. Pour l’heure, les raisons de cette évolution sont inconnues. Les détails de l’étude sont publiés dans les Geophysical Research Letters.

La Grande Tache rouge sévit depuis plus de 400 ans. En comparaison, la plus longue tempête essuyée sur Terre, l’ouragan John, n’avait duré que 31 jours. C’était en 1994. Comment expliquer cette longévité ? Imaginez la Grande Tache rouge comme une roue tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre coincée entre deux convoyeurs qui se déplacent dans des directions opposées. Ces courants-jets, qui englobent la tempête, peuvent se déplacer à près de 350 km/h, continuant ainsi à nourrir l’élan dans le vortex. Et visiblement, cet élan évolue.

“L’oeil de Lynx” de Hubble

En s’appuyant sur les données régulières fournies par Hubble, une équipe d’astronomes s’est en effet aperçue que la vitesse moyenne du vent opérant dans les limites de la tempête (l’anneau à grande vitesse) avait augmenté de 8% entre 2009 et 2020, filant désormais à près de 650 km/h.

Personne n’a jamais vu cela auparavant“, souligne Michael Wong de l’Université de Californie à Berkeley. “Mais c’est quelque chose que seul Hubble peut faire“. Sur Terre, les chercheurs utilisent des satellites et autres avions pour suivre de près les tempêtes majeures en temps réel. Concrètement, Hubble est le seul télescope capable de faire la même chose avec Jupiter.

La longévité de Hubble et ses observations continues ont également rendu cette révélation possible. Le changement de vitesse du vent mesuré s’élève en effet à moins de 2,5 km/h par année terrestre. “Nous parlons de si petits changements que si nous n’avions pas eu onze années de données, nous n’aurions pas su qu’ils s’étaient produits“, poursuit le chercheur. “Avec Hubble, nous avons la précision dont nous avons besoin pour repérer une tendance“.

Notez également qu’à l’inverse, les vents opérants dans la région la plus intérieure du spot se déplacent quant à eux beaucoup plus lentement. Ils atteignent l’équivalent de la vitesse de marche humaine.

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La vitesse moyenne du vent à l’intérieur des limites de la Grande Tache rouge a augmenté jusqu’à 8% de 2009 à 2020. En revanche, les vents près de la région la plus interne de la tempête, déclenchés par un anneau vert plus petit, se déplacent beaucoup plus lentement. Crédits : NASA, ESA, Michael H. Wong (UC Berkeley)

Une tempête condamnée

Comment expliquer cette augmentation de vitesse ? “C’est difficile à diagnostiquer, car tout ce qui se trouve sous le sommet des nuages ​​est invisible dans les données“, déplore le chercheur. “En revanche, c’est une donnée intéressante qui peut nous aider à comprendre ce qui alimente la Grande Tache rouge et comment elle maintient l’énergie. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour bien le comprendre“.

Rappelons également que la Grande Tache rouge de Jupiter ne cesse de rétrécir. À la fin des années 1800, la tempête mesurait en effet quatre fois le diamètre de la Terre. Au passage de Voyager 2 en 1979, le vortex s’était déjà réduit à un peu plus de deux fois la largeur de notre propre planète. Désormais, il ne fait que 1,3 fois la taille de la Terre . Dans vingt ou trente ans, la Grande Tache pourrait donc être amenée à disparaître. Toujours est-il que pour l’heure, elle demeure la plus grande tempête du Système solaire.