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Du venin de guêpe pour combattre la résistance aux antibiotiques ?

Crédits : jggrz / pixabay

Des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie (États-Unis) ont conçu de nouvelles molécules antimicrobiennes puissantes à partir de protéines toxiques présentes dans le venin de guêpe. De quoi potentiellement lutter contre la résistance aux antibiotiques.

Si les abeilles sont appréciées du grand public, les guêpes n’ont pas cette chance et sont souvent associées aux piqûres et à la douleur. Ces insectes “incompris” sont pourtant très précieux sur le plan écologique. Ce sont en effet des contrôleurs de parasites naturels. Autrement dit, les guêpes éliminent un grand nombre de proies sur nos cultures et nos plantes. Elles sont également d’importantes pollinisatrices, capables d’entretenir les niches laissées vacantes par les abeilles en déclin.

Ceci dit, les guêpes pourraient nous venir en aide sur un tout autre registre : celui de la résistance aux antibiotiques.

De nouveaux médicaments sont nécessaires de toute urgence”

Développés dès les années 1920, les antibiotiques ont permis de sauver de nombreuses vies en luttant contre des maladies bactériologiques. Cependant, nous devons également considérer la nature, qui s’adapte constamment. Ainsi, au fil du temps, et à force d’utiliser ce type de traitements, les bactéries ont évolué pour développer une résistance. En conséquence, les moyens de lutte ne sont plus efficaces. Récemment, des chercheurs ont tiré la sonnette d’alarme, estimant que les bactéries résistantes pourraient tuer jusqu’à dix millions de personnes d’ici 2050 si rien n’est développé pour les éliminer.

Alors que de plus en plus d’espèces bactériennes deviennent résistantes aux antibiotiques, il devient ainsi urgent de proposer de nouvelles approches capables de prévenir ces infections. C’est alors que les guêpes entrent en jeu.

Une molécule clé dans le venin de la guêpe coréenne

Dans une étude, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, des chercheurs l’Université de Pennsylvanie expliquent avoir isolé une molécule hautement toxique dans le venin de ces insectes qui possèderait d’importantes propriétés antimicrobiennes.

De nouveaux antibiotiques sont nécessaires de toute urgence pour traiter le nombre toujours croissant d’infections résistantes aux médicaments, et les venins sont une source inexploitée de nouveaux médicaments potentiels“, assurent les chercheurs dans un communiqué. “Nous pensons que les molécules dérivées du venin telles que celles que nous avons conçues dans cette étude vont être une source précieuse de nouveaux médicaments“.

guêpes antibiotiques
Crédits : Capri23auto/pixabay

La molécule, une petite protéine (ou peptide) appelée mastoparane-L, est une toxine clé dans le venin de la guêpe coréenne (Vespula lewisii). C’est également un agent antibactérien connu. Cependant, dans sa forme naturelle, ce peptide n’est que modérément toxique pour les bactéries. En parallèle, il s’attaque également aux globules rouges et entraîne parfois de violentes réactions allergiques chez certains patients.

Aussi, pour être efficace, cette molécule devait être modifiée. Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont alors ciblé une région clé du peptide responsable de son interaction avec le système immunitaire et de ses propriétés antimicrobiennes. Grâce à ces manipulations, les chercheurs ont alors augmenté son pouvoir antibactérien. Ils ont également réussi à la rendre moins toxique envers les cellules humaines.

Ces recherches doivent évidemment encore se poursuivre. Néanmoins, à terme, ce peptide “modifié” pourrait bien être une arme supplémentaire pour lutter contre la résistance bactérienne. Les détails de ces travaux sont publiés dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.