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Un vaisseau pourrait-il rattraper Oumuamua avant qu’il nous quitte ?

Crédits : ESO/M. Kornmesser

Près de cinq ans après sa détection, la nature d’Oumuamua, le premier visiteur interstellaire connu, est toujours inconnue. Alors que l’objet est en train de quitter notre système, un groupe de chercheurs propose d’envoyer une mission directement sur place pour l’étudier avant qu’il ne soit trop tard.

Un objet qui intrigue

En octobre 2017, une équipe annonçait la première détection d’un visiteur interstellaire nommé 1I/2017 U1, ou plus simplement Oumuamua (« premier messager lointain », en hawaïen). D’après les analyses de sa trajectoire, l’objet en question, qui mesure environ 400 mètres de long, provient probablement d’un coin en direction de la Constellation de la Lyre.

Ce premier intrus avait alors intrigué la communauté scientifique. En effet, sa forme de cigare contraste avec les formes plus arrondies auxquelles nous sommes habitués. D’après le suivi de sa trajectoire, nous savons également que l’objet avait accéléré lors de son approche du Soleil, suggérant qu’il avait libéré du gaz comme peuvent le faire les comètes.

Il y a quelques mois, des travaux publiés dans la revue Nature Astronomy proposaient cette fois que l’objet pourrait être le fragment d’une planète ou d’un autre gros objet rocheux ayant subi un processus de perturbation de marée après s’être approché un peu trop près de son étoile.

Entre-temps, certains ont spéculé sur le fait qu’il pourrait éventuellement s’agir d’un vaisseau spatial. En 2018, les membres du projet Breakthrough Initiatives avaient même étudié l’objet en s’appuyant sur le Green Bank Telescope, le plus grand radiotélescope orientable du monde, pour détecter (ou non) les signes de transmission radio. Finalement, ces derniers avaient fait chou blanc.

Ainsi, on ignore encore précisément de quel objet il s’agit. Le problème est que les scientifiques n’ont eu qu’un aperçu fugace d’Oumuamua, car ce dernier était déjà sur le départ au moment de sa découverte. Et si le meilleur moyen de comprendre sa véritable nature était de lui rendre une petite visite ?

astéroïde Oumuamua
Illustration d’Oumuamua. Crédits : YU Jingchuan du Planétarium de Pékin

Le projet Lyra

C’est ce que propose un groupe de chercheurs bénévoles de l’Institute for Interstellar Studies (i4is), une société à but non lucratif basée au Royaume-Uni, dans le cadre du projet Lyra.

Selon le dernier article du groupe, publié sur le serveur de préimpression arXiv, un vaisseau lancé en 2028 pourrait en effet utiliser les assistances de la Terre, de Vénus et de Jupiter pour se propulser et rattraper la roche spatiale interstellaire. La NASA et les autres agences utilisent très souvent ces manœuvres pour accélérer leurs engins spatiaux ou les projeter sur des trajectoires légèrement différentes, afin qu’ils puissent atteindre leurs cibles.

D’ailleurs, Oumuamua lui-même a profité d’une assistance gravitationnelle en passant près du Soleil, accélérant ainsi temporairement à des vitesses avoisinant les 300 000 km/h. À sa sortie de notre système, sa vitesse interstellaire moyenne était retombée à environ 95 000 km/h.

Le projet Lyra a étudié deux trajectoires possibles, l’une passant devant le soleil et l’autre devant Jupiter. Finalement, la seconde option semble la moins compliquée sur le papier, celle-ci n’impliquant aucun bouclier thermique pour se protéger de la chaleur de notre étoile.

Selon l’équipe, en partant en 2028, en s’appuyant sur des moteurs à propulsion chimique, ainsi que sur les assistances gravitationnelles de la Terre, de Vénus et surtout de Jupiter, un vaisseau pourrait atteindre Oumuamua dans environ 26 ans. D’après leurs calculs, une sonde pourrait arriver sur place en filant à seulement 18 km/s, de quoi avoir suffisamment de temps pour analyser l’objet pendant l’approche et le départ.

Ce n’est évidemment pour l’heure qu’une idée sur le papier, mais Oumuamua reste l’objet interstellaire le plus proche auquel nous ayons accès. Ainsi, les retombées scientifiques d’une telle mission seraient incommensurables.