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Une vaste anomalie chaude se développe dans le Pacifique et fait craindre un retour du “Blob”

Crédits : NOAA Coral Reef Watch.

Depuis plusieurs mois, une vague de chaleur marine se développe dans le Pacifique, près des côtes ouest-américaines. Elle fait craindre l’apparition d’un événement semblable à celui de 2013-2016 – surnommé The Blob. Ce dernier avait alors causé une hécatombe écologique et lourdement impacté l’économie locale.

De 2013 à 2016, une zone d’eau anormalement chaude a affecté le nord-est du Pacifique à proximité de la côte ouest d’Amérique du Nord. La vague de chaleur marine a pris naissance fin 2013 au niveau de la baie d’Alaska puis s’est étendue jusqu’à la péninsule de Basse-Californie au cours des mois suivants. Une plage de température 2 à 4 degrés supérieure à la normale couvrait alors plus de 4 millions de kilomètres carrés d’océan.

Ce phénomène climatique a été surnommé « The Blob » par Nick Bond, un climatologue de l’Université de Washington aux États-Unis. L’appellation faisant référence à la créature d’un film d’horreur de 1958. Rapidement, le Blob a attiré l’attention. Pas seulement à cause de son nom, mais aussi et surtout par les impacts écologiques et économiques qui lui étaient associés.

Bouleversement de l’écosystème marin dans le Pacifique

En effet, la chaleur et le déficit en nutriments des eaux de surface ont fortement limité la production de plancton – organismes situés à la base du réseau trophique marin. Par conséquent, la perturbation a remonté toute la chaîne alimentaire en entraînant un véritable désastre écologique. Un peu comme un château de cartes qui s’effondre lorsque la partie inférieure est déstabilisée.

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Anomalie de température de surface de la mer début 2015. Crédits : Gentlemann & al. 2017.

De ce fait, des milliers d’oiseaux de mer ont été retrouvés morts, échoués sur les plages d’Alaska. Et près d’un demi-million auraient péri au total. Dans le même temps, on observait un déficit abyssal en poissons et crustacés. Plus de 100 millions de morues du Pacifique avaient disparu. À la place, des algues toxiques proliféraient dans les eaux superficielles. Notons également la population de baleines à bosse qui a chuté de 30 % en seulement un an.

Une liste de bouleversements loin d’être exhaustive. Au final, le Blob a eu des répercussions majeures sur l’environnement mais également sur l’économie. Le secteur de la pêche a été lourdement affecté par exemple.

Mise en place d’une nouvelle vague de chaleur marine

Or, les observations suggèrent que l’histoire risque de se répéter. En effet, depuis plusieurs mois, une surface d’eau anormalement chaude se développe et se propage de façon semblable au Blob. « C’est déjà l’un des événements les plus significatifs que nous ayons vu », précise Andrew Leising, chercheur à la NOAA.

Néanmoins, le stade encore précoce du phénomène fait qu’il pourrait disparaître assez rapidement si les conditions atmosphériques qui lui ont donné naissance changent. Pour l’heure, les prévisions penchent plutôt pour son maintien, bien qu’à des niveaux moindres que durant le Blob.

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Anomalie de température de surface de la mer pendant le Blob en 2014 (gauche) et ce mois de septembre (droite). Crédits : NOAA.

Si ces prévisions sont à prendre avec beaucoup de recul, elles sont nécessaires pour se préparer. Entre autres, afin d’éviter des pertes économiques ou écologiques trop lourdes. « Compte tenu de l’ampleur de ce que nous avons vu la dernière fois, nous voulons savoir si cela évolue dans le même sens », indique Chris Harvey, chercheur au Northwest Fisheries Science Center.

Alors que l’écosystème n’a pas récupéré de la précédente vague de chaleur marine, l’apparition d’une nouvelle n’annonce rien de bon. Malheureusement, avec le réchauffement climatique, ce type d’événement deviendra de plus en plus fréquent – et pas uniquement dans le nord-est du Pacifique.

« Nous avons appris avec “The Blob” et d’autres événements similaires dans le monde que ce qui était autrefois inattendu devient de plus en plus commun », souligne Cisco Werner, directeur de programmes scientifiques à la NOAA.

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