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Une start-up a créé une enzyme révolutionnaire capable de recycler le plastique “à l’infini”

Crédits : nastya_gepp/Pixabay

La start-up clermontoise Carbios a développé une enzyme révolutionnaire permettant de recycler, encore et encore, l’un des plastiques les plus utilisés dans le monde.

Des milliards de tonnes de plastiques polluent et continuent de polluer la planète, de l’Arctique jusqu’au fond des tranchées océaniques. L’un des plastiques les plus utilisés au monde est le polytéréphtalate d’éthylène, plus communément appelé PET. Une matière notamment retrouvée dans les bouteilles d’eau, de shampoings ou de produits d’entretien, entre autres. De manière plus générale, le PET représente aujourd’hui plus de la moitié du total des déchets plastiques produits en France.

Pour de nombreux militants, la réduction de l’utilisation de ces matières, qui représentent un véritable risque pour la faune (marine et terrestre), est essentielle. Mais la question du recyclage doit se poser également.

En effet, les technologies de recyclage existantes ne permettent aujourd’hui de récupérer qu’une partie de la matière. En conséquence, le plastique recyclé n’a plus le même niveau de pureté que le PET originel. C’est pourquoi, par exemple, il ne peut donc plus être mis au contact d’aliments. En outre, ces procédés ne peuvent être reproduits qu’un nombre limité de fois (pas plus de six fois en général). Les déchets sont ensuite incinérés.

Pour beaucoup, ces limites expliquent en partie pourquoi si peu de déchets plastiques sont aujourd’hui recyclés. Seul 10% du PET mis en circulation sur le marché est effectivement concerné par le recyclage. Mais la situation pourrait bientôt évoluer. Une start-up française, Carbios, vient en effet de trouver un moyen de recycler le PET “à l’infini”.

Du plastique “comme neuf”

Cette innovation est basée sur une enzyme découverte à l’origine en 2012 dans un tas de feuilles de compost. Cette enzyme, grossièrement, les scientifiques l’ont ensuite modifiée en laboratoire avec l’aide de l’Insa Toulouse, l’Inrae et le CNRS, dans le but d’améliorer sa capacité à décomposer le plastique.

Grâce à ces manipulations, la nouvelle molécule peut aujourd’hui résoudre l’un des principaux problèmes rencontrés dans le processus de recyclage du PET, à savoir séparer les deux résines qui le composent.

« Il faut s’imaginer le PET comme un collier de perles, une perle étant d’une résine, la suivante de l’autre, Une perle rouge, une perle bleue, une perle rouge, une perle bleue, et ainsi de suite », explique Sophie Duquesne, chercheuse INRAE au Toulouse Biotechnology Institute. « Ici, la nouvelle enzyme vient couper le lien entre chacune, afin que l’on puisse purifier chaque perle, et ensuite les réassocier ».

À la fin du processus, on récupère alors un produit « qui a très exactement les mêmes propriétés que le PET produit par l’industrie pétrochimique », ajoute Alain Marty, le directeur scientifique de Carbios. Une matière finale qui, de ce fait, peut de nouveau être utilisée pour l’emballage alimentaire.

Dans une étude publiée dans la revue Nature, les chercheurs expliquent avoir utilisé l’enzyme optimisée pour décomposer une tonne de déchets de bouteilles en plastique en 10 heures seulement. Matière qu’ils ont ensuite utilisé pour fabriquer de nouvelles bouteilles en plastique.

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Crédits : Carbios

Des soutiens de taille

Bien évidemment, plusieurs grands groupes n’ont pas attendu ces résultats pour s’intéresser à ce projet. Carbios bénéficie en effet de la confiance de plusieurs soutiens importants comme Truffle Capital, qui investit régulièrement dans la start-up depuis plusieurs années. BPI France et l’Ademe ont également investi des fonds au nom de l’État français.

D’autres géants de l’agro-alimentaire comme Pepsi, L’Oréal, Orangina-Schweppes et Nestlé sont également très intéressés par ce nouveau procédé.

« Ces groupes nous ont mis en relation avec les prestataires de la collecte de déchets français pour qu’on récupère des déchets plastiques, et aussi avec des producteurs de PET, pour voir s’ils accepteraient de travailler avec nos matières recyclées. Ce club de marques nous aide aussi à tester notre matériau sur les produits qu’elles vendent », détaille Alain Marty. « Nestlé envisage même de remplacer le plastique de ses pots de yaourt, qui se recycle très mal, par du PET ».

Grâce à ces soutiens, la start-up estime pouvoir viser une capacité de recyclage à l’échelle industrielle dans quelques années seulement. Un démonstrateur capable de recycler 2 000 tonnes de PET, actuellement en construction dans la banlieue de Lyon, devrait pouvoir être opérationnel dès 2021. D’ici 2023, la start-up se voit ensuite construire une énorme usine européenne d’une capacité de 100 000 tonnes par an, et une dizaine d’autres dans le monde avant 2030.

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