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Une pollution au mercure détectée dans les entrailles de la Terre

Le fond de la Fosse des Mariannes, à plus de 11 000 mètres de profondeur. Crédits : Victor Vescovo

Le mercure d’origine humaine pollue (aussi) les tranchées océaniques les plus profondes du monde, révèlent deux nouvelles études.

L’empreinte humaine se retrouve partout, même dans les zones les plus isolées. En septembre 2019, une équipe de chercheurs britanniques affirmait notamment avoir découvert des cas d’ingestion de plastique chez de petites crevettes à l’intérieur de six des plus profondes fosses océaniques de la planète.

Dans la Fosse des Mariannes, par exemple, 100 % des spécimens étudiés, évoluant entre 6 000 et 11 000 mètres de profondeur, présentaient des fibres plastiques dans leur tube digestif.

Du méthylmercure dans les tranchées océaniques

Mais la pollution plastique n’est pas notre unique empreinte. D’autres formes de polluants issues de nos activités peuvent également s’infiltrer dans les entrailles de la Terre. Le méthylmercure – une forme toxique du mercure – est un autre exemple, comme le suggèrent deux nouvelles études. Ces résultats ont été présentés cette semaine à la Conférence de géochimie Goldschmidt 2020.

La première équipe, dirigée par Joel Blum (Université du Michigan, États-Unis), en a détecté chez plusieurs espèces de poissons et crustacés à plus de 7 kilomètres de profondeur dans la Fosse des Mariannes, près des Philippines. Elle en a également détecté dans certains escargots endémiques de la Fosse des Kermadec, au large de la Nouvelle-Zélande.

La seconde équipe, dirigée par le Dr Ruoyu Sun (Université de Tianjin, Chine), a également mesuré les mêmes concentrations de mercure dans des crustacés évoluant dans la Fosse des Mariannes. Tous avaient été capturés entre 7 000 et 11 000 mètres de profondeur.

En outre, ces mêmes chercheurs en ont également isolé dans des sédiments collectés à 5 500 mètres de profondeur, cette fois dans la tranchée Yap.

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Le submersible “Deep Sea Warrior”, utilisé par l’équipe de Ruoyu Sun. Crédits : Ruoyu Sun et IDSSE-CAS

Une grande partie d’origine anthropique

Par ailleurs, il est important de souligner que le mercure, ou sa forme méthylée, peut être rejeté dans l’environnement par des sources naturelles. Les éruptions volcaniques ou les conduits volcaniques sous-marins en sont des exemples. Néanmoins, une grande partie de ces polluants libérés provient de nos activités. Citons notamment la combustion du charbon et du pétrole, ou encore l’extraction et la production de métaux.

Dans le cadre de ces deux études, les chercheurs suggèrent qu’une partie du méthylmercure identifié dans les échantillons étudiés provient effectivement de sources naturelles. En revanche, ils soulignent que le mercure d’origine humaine est présent en plus grande quantité que celui issu des émissions naturelles.

Les analyses isotopiques de ces polluants, menées par ces deux équipes, laissent à penser que ce méthylmercure a été libéré dans l’atmosphère avant de retomber dans les parties supérieures de l’océan via les précipitations. Des lectures similaires avaient en effet déjà été enregistrées chez plusieurs organismes marins évoluant à des profondeurs d’environ 400 mètres dans le Pacifique central.

En revanche, dans ces nouveaux cas de figure, une grande partie du mercure se serait progressivement enfoncée au fond des tranchées, entraînée par les carcasses de poissons et de mammifères marins morts. Ces cadavres, qui nourrissent ensuite les espèces évoluant en grandes profondeurs, les ont alors contaminés à leur tour.

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