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Une nouvelle étude confirme la multiplication des cyclones tropicaux de forte intensité

Œil du cyclone Dorian en 2019. Crédits : Wikimedia Commons.

De nouveaux travaux parus le 18 mai dernier confirment la hausse du nombre de cyclones tropicaux de forte intensité – catégorie 3 ou plus – au cours des 40 dernières années. L’étude est menée par des scientifiques de la NOAA et de l’Université du Wisconsin à Madison (États-Unis). Des résultats qui tendent à confirmer les attentes théoriques et les projections issues des modèles climatiques.

Des raisonnements physiques assez simplifiés suggèrent qu’avec un réchauffement du climat, le nombre de cyclones tropicaux majeurs doit augmenter. En outre, les projections effectuées par les modèles de climat – qui eux tiennent compte de la complexité générale – pointent également en ce sens. Toutefois, il s’agit bien là d’un risque et non d’une certitude comme peut l’être le réchauffement en tant que tel. Or, si ce risque fort et argumenté permet de se préparer à ce que pourrait être le climat de demain, il convient néanmoins de vérifier si le monde réel évolue comme attendu.

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La valse des cyclones tropicaux ! De gauche à droite : Katia, Irma et José se déchaînent en 2017. Crédits : Wikimedia Commons.

Réchauffement et intensité des cyclones tropicaux : un lien de plus en plus clair

Au cours de la dernière vingtaine d’années, une littérature abondante s’est construite sur la question. Et la confiance s’est peu à peu consolidée avec la détection d’un renforcement effectif des cyclones dans les données observationnelles. Toutefois, le signal apparaît assez faible et n’est pas toujours significatif. En cause, les méthodes de mesure qui ont changé au fil des décennies ainsi qu’un suivi très hétérogène du phénomène avant l’ère des satellites. Enfin, l’élévation des températures est encore assez limitée, ce qui n’induit pas une forte perturbation au vu de la variabilité interne du climat. Les scientifiques parlent à ce titre de faible rapport signal sur bruit.

À ce corpus d’études vient s’en ajouter une nouvelle. Parue le 18 mai dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, elle appuie l’existence d’une hausse significative du nombre de cyclones tropicaux majeurs. Plus précisément, les auteurs avancent qu’au niveau global, la probabilité de tourbillons de catégorie 3 ou plus sur l’échelle de Saffir-Simpson a augmenté de 8 % (± 6%) par décennie. Et ce, sur la période s’étendant de 1979 à 2017. Le bassin atlantique nord est tout particulièrement concerné.

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Évolution de la proportion de cyclones tropicaux majeurs entre 1979 et 2017. Aussi, notez qu’il s’agit ici d’une moyenne sur tous les bassins cycloniques du globe. Autrement dit, l’Atlantique nord, le Pacifique nord-est, central, nord-ouest et sud-ouest ainsi que l’océan Indien nord et sud. Crédits : J. Kossin & al. 2020.

Une difficulté à démêler l’impact du climat et de la variabilité naturelle

« Nos résultats montrent que ces phénomènes sont devenus plus forts aux niveaux mondial et régional, ce qui est conforme aux attentes concernant la réaction des cyclones tropicaux au réchauffement du globe » explique James P. Kossin, auteur principal du papier. « C’est un grand pas en avant qui augmente notre confiance que le réchauffement climatique a rendu les cyclones plus puissants. Mais nos résultats ne nous disent pas précisément quelle proportion des tendances est causée par les activités humaines et combien peut être simplement une variabilité naturelle ».

La présente étude prolonge en fait de précédents travaux dirigés par James P. Kossin, parus en 2013. À ce moment, son équipe détectait déjà un renforcement mais sur une période de 28 ans seulement. Une fenêtre trop courte pour que les résultats obtenus soient significatifs. Cependant, même si l’analyse d’un horizon temporel plus large a permis de renforcer les conclusions sur une hausse d’intensité, on voit qu’il reste encore du travail à faire pour quantifier la part attribuable au réchauffement anthropique. Néanmoins, cette part existe. Et il faut reconnaître que le monde réel converge peu à peu vers ce que les modélisations climatiques anticipaient depuis déjà plusieurs décennies.

Enfin, notons que l’auteur principal avait entre autres dirigé une étude parue en 2018 mettant en avant un ralentissement de la vitesse de déplacement des cyclones. Cependant, sur ce point il convient de noter que l’accord est pour l’heure beaucoup moins évident.

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