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Une guerre pour les ressources de la Lune est-elle inévitable ?

Crédits : Wikimedia Commons / NASA / David R. Scott

Ceci n’est pas un scoop : la Lune est convoitée par différents états et sociétés pour l’exploitation de ses ressources. Qu’en est-il des risques de conflit ? Pour un chercheur, ces risques sont bien réels et la situation pourrait dégénérer assez rapidement en l’absence de règles communes.

Des régions polaires disputées

Fin octobre 2020, la NASA et la société Intuitive Machines déclaraient vouloir envoyer en 2022 un extracteur de glace sur le pôle sud de la Lune. Cette mission s’inscrit dans le cadre du programme Artemis de l’agence étasunienne, dont le but est d’envoyer des astronautes sur l’astre en 2024 et y établir une base permanente. L’eau n’est pas la seule ressource présente sur la Lune. En effet, certains emplacements stratégiques (puits de lumières) offrent une importante exposition au Soleil et pourraient permettre l’installation de parcs photovoltaïques.

Dans un article publié par The Conversation le 9 décembre 2020, le philosophe Tony Milligan du King’s College de Londres rappelle que les cratères ombragés – où se trouve la glace d’eau – ainsi que les puits de lumière sont rares, se concentrant dans les régions polaires de la Lune. Ainsi, les différents acteurs de l’Espace pourraient se disputer ces régions, ouvrant la voie vers de futurs conflits.

La Chine visant le pôle Sud dés 2024 a déjà envoyé Chang’e 5 pour prélever des échantillons. La Russie cible la même zone, avec des atterrissages au niveau du cratère Boguslavsky (2021) et du bassin d’Aitken (2023). En 2019, l’Inde avait tenté une voie plus directe mais la sonde Chandrayaan-2 s’est écrasée.

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Crédits : ESA

Une répartition inégale des ressources minières

Outre l’eau et les puits de lumière, la régolithe (poussière de Lune) est également source de convoitise. L’Agence spatiale européenne (ESA) et la société Metalysis désirent mettre au point une technologie pour extraire de l’oxygène directement depuis la régolithe. Plus tôt, l’ESA avait évoqué la possibilité d’utiliser la régolithe pour imprimer des bâtiments en 3D afin de construire une base lunaire.

Cependant, la régolithe se trouve partout et en abondance sur la Lune, ce qui n’est pas le cas de certains minerais lunaires tels que le thorium et l’uranium. Indispensables pour produire de l’énergie nucléaire, ces deux minerais se trouvent dans 34 zones de moins de 80 km de larges. Quant au fer issu des impactes d’astéroïdes, celui-ci concerne une vingtaine de zones dont la largeur est de 30 à 300 km. Évoquons également l’hélium 3, convoité pour ses possibilités en fusion nucléaire. Ce dernier se trouve dans seulement 8 zones de moins de 50 km de large.

Comme le rappelle Tony Milligan, le traité de l’espace de 1967 ne prévoit rien concernant les acteurs privés. L’accord sur la Lune de 1979 est jugé trop restrictif. Quant aux récents accords d’Artémis, tout le monde estime que ceux-ci sont trop favorables aux États-Unis. Tony Milligan pense que les principales puissances spatiales devront absolument s’accorder sur un partage équitable des ressources lunaires. Il pourrait être question d’un modèle de partage similaire à celui de la Station Spatiale Internationale (ISS). Quoi qu’il en soit, le temps presse pour s’assurer d’éviter de futurs conflits potentiels.