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Une glace étonnamment « chaude » observée dans le plus haut glacier du monde

Crédits : Wikimedia Commons

Des mesures de terrain effectuées entre 2017 et 2018 ont révélé que les profondeurs du plus haut glacier de la planète sont pour partie composées de glace dont la température est proche du point de fusion. Cette réalité a surpris les chercheurs, qui ne s’attendaient pas à mesurer des températures si élevées à ces très hautes altitudes. 

Le glacier népalais du Khumbu est situé au sud de l’Everest. Il s’étend sur près de 2700 mètres d’altitude. La partie la plus basse réside vers les 4850 mètres et la plus haute culmine au-delà de 7500 mètres. Cela en fait le glacier le plus élevé de la planète ! À de telles altitudes, on pourrait se dire que même un réchauffement marqué de l’atmosphère n’aurait que des conséquences mineures – compte tenu des températures très froides. Pourtant, selon des mesures faites in situ par un groupe de chercheurs, rien n’est moins sûr.

En mai 2017, dans le cadre du projet EverDrill, des scientifiques ont effectué 3 forages le long de la zone d’ablation du glacier – entre 4885 et 5205 mètres. Les instruments déployés dans les trous forés ont permis de mesurer la température de la glace depuis la surface jusqu’en profondeur, et ce pendant plusieurs mois. C’était la première fois que de telles pratiques étaient réalisées avec succès. En effet, la région est difficile d’accès et possède une topographie complexe. Les résultats ont révélé que l’intérieur du glacier est bien plus chaud que ce à quoi s’attendaient les chercheurs.

Une forte sensibilité à la hausse des températures malgré l’altitude

Étonnamment, la température minimale mesurée sous la couche de surface n’atteignait que -3,3 °C, et était même environ 2 °C plus chaude que la température moyenne annuelle de l’air dans le secteur. « Cette glace est particulièrement vulnérable au changement climatique car même une légère augmentation de la température peut déclencher la fonte », indique Duncan J. Quincey, co-auteur de l’étude publiée dans Scientific Reports le 14 novembre dernier. « La température interne a un impact significatif sur la dynamique du glacier que ce soit sur la manière dont il s’écoule, sur la façon dont l’eau percole à travers ou encore sur le volume des eaux de fonte – qui constituent une partie cruciale de l’approvisionnement en eau pour des millions de personnes de la région de l’Hindou-Kouch ».

Glacier Khumbu
Crédits : Wikimedia Commons.

Les sondages thermiques réalisés démontrent que le glacier du Khumbu, malgré son statut de plus élevé de la planète, risque de ne pas être épargné par les effets du changement climatique. 56 % de la zone étudiée serait constituée de glace tempérée* – c’est-à-dire avec une température proche (ou au niveau) du point de fusion -, ce qui lui confère une forte sensibilité au réchauffement attendu au cours de ce siècle. Par ailleurs, il existe quelques pistes suggérant que la température a déjà subi une hausse de 2 à 3 degrés entre le milieu des années 1970 et l’année 2017 dans la partie supérieure de la zone d’ablation.

À l’avenir, il conviendra de déterminer si d’autres glaciers de la région possèdent des caractéristiques internes similaires. Il s’avère en tout cas qu’un retrait de ces sentinelles du climat au cours des prochaines décennies finirait par avoir de très lourdes conséquences sur l’approvisionnement en eau dans les plaines et plateaux situés en aval. Ces régions d’Asie sont soumises à un développement économique et démographique en plein essor, elles sont donc très dépendantes de la disponibilité en eau. Des alternatives devront être pensées. Certaines – comme la construction de grands réservoirs ou la création de glaciers artificiels – sont déjà en cours.

* On parle de régime polythermique, qui regroupe à la fois les caractéristiques thermiques des glaciers froids – possédant quasiment partout une température nettement sous le point de fusion – et des glaciers tempérés – possédant quasiment partout une température proche du point de fusion. 

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