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Une expérience controversée de géo-ingénierie vient d’être annulée

Crédits : flickr.

Un essai technique qui devait avoir lieu en stratosphère dans le cadre d’un projet de géo-ingénierie solaire a récemment été annulé. Il aurait s’agit du premier test effectué en conditions réelles à cette altitude. Un domaine de recherche controversé qui continue de soulever de nombreuses inquiétudes ainsi qu’en témoigne cette récente décision. 

La géo-ingénierie, un plan B ?

Malgré les alertes multiples, la succession des COPs et les promesses qui les accompagnent, les émissions de gaz à effet de serre (GES) n’ont cessé de se poursuivre. Pire, leur intensité a suivi une pente croissante. En effet, si dans les années 1990 nous émettions quelque 25 milliards de tonnes de CO2 par an, cette valeur se situe désormais autour de 35 milliards de tonnes par an. Dans ce contexte, la possibilité d’une solution alternative permettant de contenir malgré tout le réchauffement climatique nourri un intérêt croissant.

Ce plan B comme certains l’appellent n’est autre que la géo-ingénierie. Un domaine de recherche qui englobe plus d’une quarantaine de techniques mais dont seules quelques-unes ont fait l’objet d’études approfondies. Parmi elles, on retrouve en particulier l’injection de particules de soufre dans la stratosphère. L’objectif étant d’imiter ce que font naturellement les volcans de sorte à compenser l’effet réchauffant des GES par celui – refroidissant – des poussières. Toutefois, il faudrait alors veiller à maintenir un niveau constant de soufre pour ne pas subir un retour brutal à une température en équilibre avec les GES. Autrement dit, une fois commencé, on ne peut pas facilement arrêter.

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Rejets de CO2 par an (en milliards de tonnes) liés aux combustibles fossiles. Notez la valeur de 2020 qui porte la marque de la pandémie. Crédits : Global Carbon Project.

Annulation provisoire du projet SCoPEx

Cependant, la géo-ingénierie est très contestée. Et ce, aussi bien dans le grand public que dans la sphère politique ou scientifique. Un exemple récent a été l’annulation d’un projet visant à vérifier si le matériel qui doit libérer les particules pouvait être transporté par ballon en stratosphère. Les scientifiques de l’Université d’Harvard avaient prévu d’effectuer le test en juin depuis la base de lancement Esrange à Kiruna (Suède). Il aurait s’agit du premier test effectué en conditions réelles à une telle altitude.

Mais suite à des échanges entre experts et parties prenantes, il a d’abord été décidé d’examiner les implications pour les autochtones et le pays en général. Une discussion qui a notamment impliqué un comité spécial d’Harvard axé sur les impacts sociaux et éthiques de la géo-ingénierie. Et pour cause, le lancement devait initialement être effectué entre l’Arizona et le Nouveau-Mexique. Mais en raison de la pandémie, c’est finalement l’extrême nord de la Suède qui a été choisi. Or, personne n’avait consulté les Samis, ni même le gouvernement suédois au préalable. En somme, aucun dialogue n’a été engagé à l’exception d’échanges privés avec la SSC. Une opposition a donc été faite, soutenue par divers acteurs dont des ONG comme Greenpeace.

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Crédits : Wikimedia Commons.

Aussi, le comité a indiqué qu’un « engagement sociétal devrait avoir lieu en Suède avant que toute recherche ne soit menée dans le pays ». Le projet baptisé SCoPEx (pour Stratospheric Controlled Perturbation Experiment) serait ainsi reporté à 2022 et certainement reprogrammé aux États-Unis avec le ralentissement de la pandémie. Enfin, notons que si les partisans et les opposants à ces techniques ont tous les deux de bons arguments, la recherche dans ce domaine reste nécessaire. En effet, aucune décision lucide ne saurait être prise en détournant le regard de ces enjeux.