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Une étude précise le lien entre extinctions d’espèces et changements climatiques

Crédits : myersalex216/Pixabay

Une étude publiée ce 22 juillet dans la revue Biogeosciences détaille le lien entre les extinctions de masse et les variations de la température moyenne du globe. Les résultats obtenus ont des implications substantielles pour le futur à moyen et long terme, mais également pour la paléoclimatologie et la paléontologie.

Si le lien entre la rapidité des changements climatiques et l’extinction d’espèces végétales ou animales n’est plus à démontrer, la quantification précise de cette relation reste un sujet de recherche, en particulier dans le contexte actuel marqué par un réchauffement fulgurant du climat à l’échelle globale.

Une corrélation entre extinctions et changements climatiques

Les travaux du professeur Kunio Kaiho jettent un nouvel éclairage sur cette relation durant la période du Phanérozoïque, autrement dit sur les 540 derniers millions d’années. Le chercheur a montré que les taux d’extinctions des invertébrés pour le domaine océanique et des tétrapodes pour le domaine continental étaient effectivement corrélés aux variations de la température moyenne du globe, qu’il s’agisse d’un refroidissement ou bien d’un réchauffement.

« La perte de plus de 35  % des genres marins et de 60  % des espèces marines correspondant aux cinq grandes extinctions de masse est corrélée à un refroidissement global supérieur à 7 °C ou un réchauffement global de 7 °C à 9  °C. Pour les tétrapodes terrestres, elle est corrélée à un refroidissement global supérieur à 7 °C ou un réchauffement global supérieur à  7 °C », rapporte l’étude dans son résumé.

Pourcentage d’extinction des genres (a) et espèces (b) des animaux marins (bleu) et terrestres (rouge) pour les cinq grandes extinctions (seconde ligne en abscisse). Les écarts correspondants de température globale sont indiqués en première ligne de l’abscisse. H-A désigne l’extinction actuelle. Crédits : Kunio Kaiho, 2022.

Les résultats montrent aussi que les espèces terrestres sont plus affectées par une élévation donnée de la température globale, en accord avec le fait que les continents se réchauffent plus fortement que les océans. Cette propriété se retrouve également dans le réchauffement actuel. Par ailleurs, pour un changement de température donné sur la zone d’habitat, ce sont les espèces marines qui montrent la plus faible tolérance. Encore une fois, cette caractéristique se retrouve dans les observations actuelles.

Vers une sixième extinction majeure ?

« Ces résultats indiquent que plus les changements climatiques sont importants, plus l’extinction de masse est importante », résume déclaré Kunio Kaiho. « Ils nous disent également que toute extinction potentielle liée à l’activité humaine ne se fera pas dans les mêmes proportions si l’ampleur de l’extinction est proportionnelle à l’anomalie de température de surface du globe ».

En effet, même dans les scénarios les plus pessimistes du GIEC, on n’attend pas de réchauffement supérieur à 7 °C d’ici la fin du siècle. Il est même raisonnable de penser que des élévations de température de 7 °C à 9 °C ne se produiront pas avant 2500, si tant est qu’elles surviennent. De fait, si la relation linéaire rapportée par le chercheur s’applique aussi bien dans le futur, il serait précipité de considérer une sixième extinction majeure comme imminente.

«  Bien qu’il soit difficile de prédire l’étendue des extinctions futures, car les causes différeront des précédentes, il existe suffisamment de preuves pour suggérer que toute extinction à venir n’atteindra pas les magnitudes passées si les anomalies de température de surface globale et les autres anomalies environnementales évoluent proportionnellement », conclut l’auteur de l’étude.

Nuançons toutefois en rappelant que l’Homme ne se contente pas d’affaiblir la biosphère en réchauffant le climat, mais qu’il le fait également par ses nombreuses activités industrielles et agricoles (déforestation, dégradation des sols, pollution, etc.). Ainsi, cette réalité pourrait partiellement compenser le moindre réchauffement.